jeudi 28 mai 2015 | By: Dorian Lake

Les scènes d'action - l'exemple du cinéma.

Je suis un grand amateur de scènes d’action et de combat, que ce soit dans les livres ou dans les films. Écrire (ou j’imagine réaliser) une bonne scène d’action n’est cependant pas évident, pour plusieurs raisons. Aujourd’hui, je vais aborder celle qui me semble la plus critique : l’intensité
dramatique.

L’intensité dramatique est pour moi fondamentale. L’action ne doit pas avoir pour but de faire du bruit, mais de donner de l’adrénaline au lecteur/spectateur. Pour faire simple, s’il n’est pas crispé, c’est raté. La situation doit être critique et avoir des enjeux, car si l’on ne craint pas pour la vie du héros, il est difficile de rentrer dans une scène et cela se finit en général par un bâillement sonore.

Attention, chaque scène ne doit pas être un climax à elle seule, sans quoi le public s’essouffle. Mais la motivation des personnages doit toujours être présente et ils doivent s’investir pleinement, au maximum de leurs capacités et même si toutes les épreuves ne doivent pas atteindre les mêmes sommets de difficulté, elles ne doivent jamais être simples ou courues d’avance. Quelque chose de gratuit n’a pas de valeur et il en est de même pour l’action ou la violence.

Je vais plutôt développer mes exemples par les films, dont les réussites et les failles sont plus faciles et rapides à démontrer que dans les bouquins.

Les contre-exemples :

Le film Lucy, de Luc Besson et avec Scarlett Johansson est pour moi le sommet du raté (attention, spoil à venir). Il nous présente une héroïne, Lucy, qui voit ses capacités cérébrales démultipliées et qui atteint la singularité. Elle devient rapidement tellement puissante (et totalement dénuée de sentiments) que rien ne peut l’arrêter et les méchants pas beaux de l’histoire ne parviennent jamais à la menacer, ne serait-ce une seconde. Imaginez Superman contre les Schtroumpfs et vous obtenez le même rapport de force.

On se retrouve à un moment donné avec cette course-poursuite dans les rues de Paris… sans poursuivants. On assiste juste à une démo de conduite rapide, sans enjeux, sans pression (madame est en retard, c'est tout), qui n’est là que pour montrer que Scarlett, elle en jette. C’est bien filmé, mais que c’est plat.


 
ça commence à 0:51


Autre mauvais élève, je parle d’Inception de Christopher Nolan. Le film traite de voleurs des rêves dans un film d’anticipation globalement réussi. Cependant, ce qui est sûrement dû à la pression des studios plutôt qu’à la vision de Nolan, nous avons le droit à un certain nombre de fusillades sans intérêt.

En effet, certaines victimes d’intrusions oniriques ont appris à leur inconscient à se défendre (idée intéressante) ce qui se traduit par des espèces de mercenaires gardes du corps armés de mitraillettes (moins intéressant…). Lorsque les héros s’y frottent, ces anticorps du rêve leur tirent dessus… pendant de longues minutes, sans jamais toucher quoi que ce soit. J’ai davantage l’impression de voir des gamins faire pan pan qu’une scène de blockbuster. Encore une fois, aucune pression (même si c’est moins nul que Lucy) et du bruit et des effets qui n’ont pas leur place dans ce film. Sans les pan pan, j’aurais adoré.




Les exemples :

Dans le retour du Jedi, nous avons l’exemple parfait d’un duel dont la tension dramatique jaillit de l’écran et nous prend aux tripes. La chorégraphie du combat n’a rien de spécial, on est a des années lumières des films d’arts martiaux. Pourtant, on pardonne allègrement ces défauts car l’émotion prend le pas.

Luke lutte contre son père, pendant que ses amis se font décimer par l’empire et il se retrouve devant un choix : libérer la noirceur de son âme pour tuer son père et sauver ses amis, mais sûrement devenir un simple servant de son ennemi ou rester fidèle à qui il est et à son honneur, au risque de voir ceux qu’il aime périr. C’est un choix cornélien, qui n’a pas de bonne option et on ressent toute la difficulté qu’à le héros à résister à la colère et à ne pas céder.

Si vous n’avez pas vu les films, cela vous semblera moins fort, mais il s’agit de la conclusion de trois volets qui sont là pour mener à ce choix.


La scène a été un peu coupée - préférez l'original


Autre exemple, la course poursuite sur l’autoroute du film Matrix Reloaded. Oui, tout le monde n’aime pas ce film, mais la scène d’action ci-dessous ne doit malgré tout pas avoir beaucoup de détracteurs.

Contexte : dans le monde virtuel de la matrice, les personnages fuient des criminels particulièrement dangereux (et stylisés) et sont forcés d’emprunter l’autoroute. Dit comme ça, ça n’a l’air de rien, mais l’autoroute en question est surveillée par des agents (des programmes informatiques que nous qualifierons en toute élégance de « bourrins », à défaut de meilleur terme). Les personnages se retrouvent donc aux prises avec leurs poursuivants et ces agents, le rapport de force clairement à leur désavantage.

La poursuite a donc une tension de tous les instants, ou les héros acculés doivent se dépasser, chaque erreur risquant d’être fatale. Les enjeux sont là, la pression aussi.


Osez comparer cette scène à Lucy...


Je n’ai parlé ci-dessus que de films à gros budgets, mais ce n’est pas le budget qui fait la qualité, même en terme d’action. D’autant que ces règles sont tout autant valables en écriture. On peut moins se permettre d’en jeter plein la vue dans un livre car rapidement les répétitions arrivent (on peut voir des dizaines de rafales de tir dans un films sans se lasser, mais dans un livre, ça devient très vite très lassant). Cela n’empêche que l’action a sa place et que, comme au cinéma, son contexte et son intensité dramatique sont primordiales.


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