vendredi 26 février 2016 | By: Dorian Lake

Le Piratage des Oeuvres Culturelles

Le piratage est un drôle de mot. Celui qui le pratique est d’ailleurs appelé un pirate, terme jadis (et toujours) utilisé pour désigner des criminels qui sévissent sur les mers. Des tueurs, des violeurs, des hommes cruels, sans Foi ni Loi, dont les légendes nous parviennent encore aujourd’hui. Bon, je généralise, mais c’est tout de même ce que l’Histoire en retient.

Voilà un vrai pirate ! D'ailleurs, j'ai piraté cette image...
A côté de cela, il y a le piratage informatique. Un pirate est là quelqu’un, un pro de l’informatique, qui commet des actes illégaux (ou parfois légaux) par les moyens technologiques. C’est aussi bien le type de la CIA qui s’en prend à des réacteurs nucléaires iraniens que le petit gars qui met en ligne le dernier CD de Daft Punk illégalement.
 
D’ailleurs, on dit aussi de quelqu’un, comme vous et moi (enfin, à moins que vous soyez vous-même un authentique flibustier, auquel cas contactez-moi en privé, ça m’aidera beaucoup pour mes romans), qui se contente de télécharger un truc qu’il n’a pas payé, que c’est quelqu’un qui pirate.

Vous l’avez compris, ce mot ne veut plus rien dire. J’ai du mal à comparer un capitaine de navire, un anonymous, un hacker terroriste et un clampin qui veut pas payer la Reine des Neiges. Ou le dernier bouquin sorti.

Et c’est de celui-là qu’on va causer ici, le grand vilain méchant pas beau qui télécharge la Reine des Neiges sans payer. Parlons de ce voleur.

L'impact du Piratage

Le piratage coûte des millions, voire des milliards d’euros chaque année. C’est un manque à gagner pour l’industrie de la culture qui dépérit à cause de cette pratique illégale et sans égard pour tous ceux qui travaillent dur pour offrir de la culture (ou payer les actionnaires).

Sauf que, comment on calcule ce manque à gagner ? Très simplement : 1 million de personnes a téléchargé le dernier Taylor Swift, qui coûte 10 € ? Donc ça fait 1 000 000 x 10 = 10 millions d’euros de perdu. C’est énorme. Mais c’est un calcul incorrect. Parce que oui, c’est ce que la maison de disques aurait gagné si 1 million de personnes avait acheté au lieu de télécharger, mais rien n’indique et ne prouve que ça aurait été le cas. La plupart des pirates sont des gens qui n'auraient pas acheté autrement, ou en tout cas pas au prix de vente.

Autre point, la diffusion de la culture, gratuitement et même illégalement, permet de la faire connaître. Par exemple, je n’ai jamais acheté un album des Pretty Reckless, mais je passe ma vie à en parler à des gens qui n’auraient peut-être pas connu autrement. Sans compter que je ne manquerai pas d’aller à leur prochain concert en France. Donc, ils n’ont pas perdu d’argent et ils ont de la promo par le bouche-à-oreille.

Si vous ne connaissez pas ce groupe, c'est l'occasion.
Certains artistes ont compris le principe. Je pense à The Witcher, un jeu vidéo extrêmement piraté et extrêmement vendu. Les producteurs n’ont mis aucune protection (vous savez, les trucs qui font que seuls ceux qui achètent sont gênés parce que la musique ou le jeu ne marche pas partout) et ont même été jusqu’à autoriser les mises à jours pour ceux qui téléchargent illégalement.

Le jeu a un succès monstre et le studio est vu comme sympathique. Les gens en général aiment bien les gars de CD Project et en parlent positivement. L’entreprise a une bonne image, à l’heure ou beaucoup de groupes sont conspués par les fans qui les détestent, en tant qu’entité. Et, en tant que société, avoir une bonne image, ça en coûte des millions de dollar en communication. Même pour l'artiste de quartier, la réputation est super importante.

D’autres artistes (je pense à Radiohead) mettent leurs œuvres en téléchargement légal et gratuit, sur un principe de « payez ce que vous voulez ». à priori c’est plus compliqué avec les livres, mais l’idée reste bonne. Voici un article en anglais qui en parle mieux que moi.

Pour conclure cet aspect, je vois le piratage comme une façon de se faire connaître et de toucher un public plus large et non comme de la cruauté envers les petits artistes que nous sommes. Et c’est vrai pour les ebooks, même autopubliés, qui se font de plus en plus pirater, si j’en crois les témoignages Facebook d’auteurs ou d’éditeurs en colère.

Je pense et ça n’engage que moi, qu’il faut plutôt être intelligent et profiter du piratage. Je ne dis pas l’encourager publiquement (après tout, c’est illégal) mais, en tant qu’artiste potentiellement piraté, en faire usage plutôt que de se plaindre des milliers de centimes d’euros perdus. Parce que oui, que ce soit un auteur comme moi ou les copains, on ne roule de toute façon pas sur l’or et c’est pas le prix d’un ebook qui va y changer quoi que ce soit.

Communiquer avec les pirates

Oui, s’ils arborent le pavillon noir, rien ne vous empêche de montrer le drapeau blanc et de lancer les négociations. Je pense qu’il y a quelque chose qui vaut de l’or pour un auteur et c’est le commentaire Amazon (ou Babelio ou je ne sais quoi). Ce que je ferai, dans ma communication, sera justement cette proposition, qui sera ou non reçue :

"Tu pirates mon livre ? S’il te plait, laisse un commentaire et parles-en autour de toi. Tu auras un free-hug."

D’une, ça fait que le pirate n’a plus besoin de culpabiliser et de deux ça peut (s’il joue le jeu) aider à se faire connaître. Je trouve même cela juste. J'imagine que les politiciens qui vendent des livres payent bien plus cher pour leurs commentaires !

"Tu lis mon livre, sur lequel j’ai travaillé longtemps et dans lequel j’ai mis un bout de mon âme. Si tu ne payes pas en argent, c’est pas grave, mais laisse un mot."

Si vous n’êtes pas aussi ouverts sur la question que moi, il reste aussi le fait de proposer un petit plus aux acheteurs réels. Ça peut être proposer une nouvelle ou un art-work remis contre preuve d’achat. Ça ne vous prémunit pas forcément, mais c’est une petite motivation supplémentaire pour acheter et pas seulement télécharge votre texte.

Autre façon. Faîtes comme Radiohead : proposez votre texte gratuitement (pourquoi pas aussi en auto-impression, sans prendre de marge ?) et laissez le lecteur vous faire un don. Paypal le permet par exemple. Je n’ai aucune idée du rendement et du retour sur investissement, mais souvent, quand on laisse la personne payer le juste prix, ce prix n’est pas minable.

Je vois ça par exemple avec le Humble Bundle dans le domaine du jeux video : vous avez plusieurs jeux vidéo à télécharger et vous mettez ce que vous voulez. Bon, si vous dépassez un pallier, vous avez en général quelques jeux en plus et ça fausse la moyenne, mais les gens ne mettent pas 1 centime. Ils sont plutôt généreux. Peut-être même plus que ce que vous auriez demandé vous-mêmes.

Dans un sens, vous leur donnez une responsabilité. Vous n’êtes plus un vendeur de tapis et ils n’ont plus d’obligation claire et nette. Responsabiliser, un mot qu’on oublie beaucoup dans notre monde moderne, ce qui est un tort à mon avis.
 
Un peu de philo de café

L’Art et la Culture, pour moi, devraient d’ailleurs être librement et universellement accessibles. Concept que je dois mitiger hélas, parce qu’aujourd’hui ce qui est gratuit est perçu souvent comme n’ayant pas de valeur. Du coup, c’est pas idiot que de donner une valeur marchande à de la Culture, mais cela ne devrait pas limiter une personne intéressée, qu’elle ait ou non envie de payer. Autre problème, la rémunération des créateurs qui doivent aussi vivre et manger. Aujourd’hui, dans notre société, cette valeur de l’universalité de l’accès à la Culture se confronte aux besoins des artistes et des métiers liés. Ça ne veut pas dire que l’un ou l’autre de ses aspects est faux, juste qu’hélas, notre société ne concilie pas les deux. Dans tous les cas, je ne pense pas que celui qui accède à la Culture doive être taxé de voleur et de pirate, sous prétexte que ça « dessert » les créateurs.

Mais là, on s’éloigne un peu du sujet. Je vais donc finir, par un message aux autres auteurs ou artistes qui sont touchés ou ont peur d’être touchés par la diffusion illégale de leurs œuvres : les pirates ne sont pas des enfoirés qui n’ont aucun égard pour vous. Non, ce sont des gens qui s’intéressent à votre œuvre. Que demander de plus ?
jeudi 11 février 2016 | By: Dorian Lake

Humilité vs Ego

Depuis peu, je publie un roman directement en ligne. On ne s’en rend pas forcément compte, mais c’est un véritable crash test pour l’écrivain que je suis car pour la première fois, mes textes sont lus par le grand public. Plus encore, ils sont commentés en direct par maintenant des dizaines de lecteurs, en face à face. Je pense qu’il y a une certaine bienveillance de leur part, mais les avis que je reçois vont de positifs à excellents, aussi bien quand je suis lu par des collégiennes que par d’autres écrivains. 

En parallèle, les retours que j’ai sur mes romans et mes nouvelles par mes bêta-lecteurs, forcément moins nombreux, sont aussi dans l’ensemble très bons.


Cela veut dire que je suis un bon auteur. En tout cas c’est ce que parfois, je me prête à penser. Si le public, averti ou non aime, c’est en tout cas que je ne suis pas mauvais. Et cela, mon égo il kiffe sa race. Pardon, ça m’a échappé. Mon ego est heureux. Content. Joyeux. Il danse la rumba : wouhou, tu es un vrai écrivain Dorian. Yippee Ki-Yay !
 
Comme le disent les anglo-saxons : merde de taureau. Bullshit. En toute subjectivité, je vais tout avouer : mon écriture est décente. C’est tout. C’est déjà pas mal, beaucoup de livres sont écrits par des gens qui écrivent moins bien ou mal et ce que je fais tiens à peu près la route. Mais c’est tout. C’est décent.

Pourquoi je dis ça maintenant ? Je viens de commencer la lecture d’un recueil de nouvelles de Clyve Barker, un auteur anglais (je crois qu’il est anglais) qui écrit de l’horreur. Dès le premier paragraphe, je me suis rendu compte de tout le chemin qu’il me restait à parcourir dans ma vie pour devenir un véritable écrivain et non pas un gentil écrivaillon qui publie quelque chose de potable sur Wattpad.
Je suis dur avec moi-même et ce n’est pas de la fausse modestie. Je n’attends que dans les commentaires on me dise : mais si, tu es super bon. 

Merde de taureau. 


En me lisant, il ne m’est jamais arrivé, une seule fois, de m’arrêter en me disant que ce que j’écrivais était trop beau et qu’il fallait que je m’imprègne des mots. Bon, du peu d’auteurs que j’ai lus (je suis un maigre lecteur), ça ne m’est arrivé que deux fois : Oscar Wilde et Clyve Barker. 

Wilde était un écorché vif qui mettait tout ce qu’il a dans sa plume, au 19ème siècle. Difficile de rivaliser. Mais Barker, c’est un gars normal qui écrit dans les années 80. Je n’ai pas l’excuse : oui, c’est une autre époque, blablabla. Non, on peut être génial aujourd’hui. 

Et je ne le suis pas encore. Peut-être que je ne devrais pas me comparer, mais c’est un peu comme un cinéaste qui regarde un Kubrick et se dit que mince, il n’est pas à la hauteur. Ou un illustrateur qui regarde le dernier art-work de Luis Royo. Dur de rivaliser. Ces gens sont des maîtres (avec le guillemet, dans la nouvelle orthographe comme dans l’ancienne).

Et ces gens sont des exemples, des preuves que l’on a toujours une marge titanesque pour progresser. En tant qu’auteur, je pense qu’il est de mon devoir de ne pas céder à mon égo et de comprendre que ce que j’écris ne répond pas à mes attentes, ne me transcende pas. Aujourd’hui je ne mérite pas d’être (re)connu, même si je suis bien content d’être lu.

Et (troisième paragraphe commençant par « Et », appelons-ça une figure de style et non une répétition si vous le voulez bien) il faut que je sois conscient que je n’arriverai probablement jamais au niveau de mes modèles. C’est dur de se dire ça, un peu décourageant, mais en même temps ça doit me pousser à ne pas me reposer sur les accomplissements. 

Tout le monde peut être édité, mais tout le monde ne peut pas marquer les âmes.

Humilité 1.

Ego 0.