jeudi 19 mai 2016 | By: Dorian Lake

Pourquoi Écrire ?

Pourquoi j’écris est une des questions que l’on m’a déjà posée plusieurs fois et pour laquelle je n’ai pas de réponse simple et unifiée. Je pense qu’il y a beaucoup de raisons qui poussent un individu à prendre la plume et à poser les mots sur le papier (virtuel ou non) et répondre à cette question demande un peu d’introspection.

L’exercice vaut le détour et je vous le conseille également, car savoir pourquoi permettra de relativiser les attentes, les craintes et simplement de mieux se connaître.

Bien sûr, tout ce que j’écrirai dans cet article ne concerne que mes motivations personnelles, qui ne seront probablement pas partagées par beaucoup.

Commençons !


1/ Raconter une histoire

L’écriture représente pour moi un média pour créer des histoires. Je n’ai pas ce respect que vouent certains à la littérature et il ne s’agit pas d’une passion absolue.

C’est plutôt un moyen comme un autre, mais surtout que je maîtrise, pour exercer ma vraie passion : créer des personnages et des intrigues.

Voilà pourquoi pendant des années j’ai fait du jeu de rôle sans écrire, que j’aime le cinéma et les séries TV autant si ce n’est plus que les bouquins et que j’adore les jeux-vidéo et principalement ceux qui offrent le choix.

C’est aussi pour cela que j’aime le transmedia et que j’aimerais autant écrire des scenarios que des romans, nouvelles ou encore des jeux-vidéo.

La question de pourquoi j’aime raconter des histoires est un peu plus complexe par contre. Cela m’a d’ailleurs plus l’air d’un sujet de thèse que de de billet de blog : pourquoi les individus racontent-ils des histoires ?

Essayons-nous à l’exercice.

Tout d’abord, je comprends pourquoi j’aime voir, lire, entendre ou jouer des histoires : c’est une question de ressenti, d’empathie. Je comparerais cela aux sensations fortes : quel intérêt avons-nous à faire saut en parachute ou monter dans des montagnes russes ? À mon avis, cela fait ressentir des sensations, des émotions et l’émotion est la drogue de l’humanité.

Ressentir quelque chose de fort… que ne donnerait-on pas pour cela ? Et bien vivre l’espace d’un instant, par procuration, la vie de quelqu’un dont les émotions sont violentes et intenses, voilà quelque chose qui importe et qui touche.

Lorsque le héros risque sa vie, au bord du gouffre et du désespoir, mais qu’il trouve la force de lutter jusqu’au bout, c’est intense. Quand la jeune fille se trouve sur le pas de la porte du père disparu qu’elle vient enfin de retrouver, c’est intense. Quand l’héroïne se cache dans le placard alors qu’un tueur sadique la cherche dans la chambre, c’est intense.

Et c’est selon moi toutes ces émotions qui font que l’on aime tant les histoires.

Je vous laisse me contredire dans les commentaires si vous n’êtes pas d’accord avec ce point de vue !

Maintenant que nous avons vu pourquoi nous aimons vivre des histoires, que retire-t-on à en raconter soi-même ?

2/ Lutter contre la frustration

Créer des personnages et une intrigue capables de faire ressentir toutes ces émotions est complexe.
  •  Il faut que l’on puisse s’identifier aux personnages et le lien empathique demande du travail, car un personnage creux ne procure pas beaucoup d’émotion.
  •  L’intrigue doit être crédible et immersive, sinon l’esprit du lecteur/spectateur se rend compte que ce qu’il lit n’est pas réel, l’illusion se fissure et le plaisir diminue d’autant.
  • Le langage doit être élégant (que ce soit à l’écrit ou à la camera) et fluide, beau. La beauté fait aussi ressentir des émotions, qu’elle soit naturelle ou artificielle. Pour en revenir à l’écriture, plus la prose est belle (tout en restant accessible), plus le plaisir demeure.
Pour faire une métaphore érotique : le personnage, c’est le partenaire. Quand on tient à l’autre, l’acte amoureux prend une toute autre intensité. L’intrigue, c’est le contexte, le jeu, la technique, le passage à l’acte : s’il est toujours identique, il ennuie, tandis que s’il est bâclé, il perd en intérêt. Enfin, la prose, c’est la vue, les sens, l’appréciation de la beauté, l’intérêt esthétique de l’acte.

Raconter une histoire (et l’art en général) n’est pas si différent de l’acte amoureux. La finalité reste la même : l’émotion.

Mais le problème des histoires racontées par d’autres, c’est qu’elles nous mettent dans une situation de dépendance. Nous avons besoin que des artistes écrivent une histoire qui corresponde à nos attentes, ce qui arrive, bien sûr. Enfin, pour ma part c’est rare.

En général l’intrigue me déçoit, les personnages ne sont pas ce que moi j’aurais fait. Je ne dis rien sur la prose qui souvent me va tout à fait, mais même dans mes bouquins préférés il y a des passages, des détails qui m’ennuient. Puis, quand enfin je tombe sur un chef d’œuvre (plutôt en cinéma, séries et jeux-vidéo que bouquins, encore une fois), celui-ci se termine toujours. C’est comme un pot de Hagen-Dasz, c’est frustrant.

Voilà pourquoi je raconte des histoires. C’est le seul moyen pour ce qu’elles correspondent à mes attentes, à ce que je recherche, en tout égoïsme.

C’est très vrai avec le jeu de rôle par exemple : je crée des liens empathiques très forts avec les personnages que je joue en live pendant des dizaines d’heures. Pour reprendre ma métaphore douteuse, ce ne sont plus des partenaires d’un soir, mais des amants intenses. L’intrigue dépend encore cette fois d’autres personnes (joueurs ou maître du jeu), mais celle-ci est interactive, ce qui fait qu’il y a la même différence qu’entre conduire une voiture de course ou une borne d’arcade.

Et c’est aussi vrai avec l’écriture. Il s’agit du média où je me débrouille (contrairement au jeu-vidéo ou au cinéma) et du coup, je peux créer, à l’écrit, les histoires que j’aimerais lire.

Je ne suis plus dépendant d’autrui pour vivre des aventures et des émotions, car les personnages et les intrigues me correspondent parfaitement (ou presque…). Par contre, de fait, les émotions sont moins vives, car le plaisir de la surprise et de la découverte disparait au profit d’un contrôle de sa frustration.

Dans un monde idéal, j’oublierais ce que j’écris pour pouvoir m’y plonger moi-même, mais cela me semble compliqué.

3/ Se faire lire

Et là c’est étrange. Écrire, c’est donner de l’émotion à l’inconnu qu’est le lecteur. C’est livrer ce qui nous fait vibrer soi et espérer que l’autre le reçoive, l’apprécie et vibre aussi. J’avais déjà parlé dans cet article de l’étrange relation entre auteur et lecteur et la genèse de personnages qui en deviennent vivants.

Certains auteurs ont peur de l’autre et préfèrent un comité restreint, voire inexistant. D’autres veulent à tout prix être lus, quitte à ne plus parler que de ça.

Pour ma part, j’aime l’échange. Sur Wattpad, parler de mes histoires et de comment mes lectrices (et rares lecteurs) les reçoivent a quelque chose de grisant et de passionnant. Je me rends compte que j’écris beaucoup pour être lu et, en quelque sorte, offrir une expérience que je suis incapable de vivre pleinement moi-même avec mes histoires.

Dans un sens, je vis par procuration ce que les lectrices ressentent en vivant elles-mêmes par procuration les vies de mes personnages. La chaîne humaine de l’empathie !

Oui, l’art et l’être humain, quand on y réfléchit, sont sacrément tordus…


Voilà, d’un article juste censé expliqué que j’écris ce que j’aimerais lire, on en arrive à des discussions de philo. J’ai dû oublié de mentionner que j’adorais cela.

Vos commentaires sont les bienvenus, je pense que l’article s’y prête d’ailleurs très bien !