jeudi 24 septembre 2015 | By: Dorian Lake

L’Art de créer ou la Nouvelle Prométhéenne.


Comme je l’ai déjà écrit dans un précédent billet, j’ai reçu il y a quelques temps l’illustration de mon livre, créée sur mesure par Virginie Carquin, une artiste de talent et mettant en image une scène que j’ai décrite. La représentation est fidèle à ma demande en tout point et donne même bien mieux que ce que j’avais en tête (je ne suis pas très visuel quand il s’agit de dessin).


 Si vous avez oublié à quoi ressemble Isulka


Pourtant, lorsque j’ai découvert Isulka sur le papier, en couleur, j’ai été étonné et troublé. Elle ne ressemble pas exactement à ce que j’avais dans l’esprit : son visage est différent, tout comme sa posture ou son expression, si bien j’ai eu l’impression d’être devant une autre créature, terrifiante, dont le regard me déstabilisait et me mettait presque mal à l’aise. Cela a été une première rencontre, un peu difficile, où l’être que je connaissais intimement, car étant son créateur, tout de même, me montrait que non, je ne connaissais pas tout d’elle et surtout que je ne maîtrisais pas tout d’elle. La Isulka qui me regardait avait quitté mon imaginaire pour entrer dans celui de la peintre avant d’en ressortir altérée, libérée.

Car oui, jusqu’à cet instant précis, j’étais pour ma personnage un dieu, omniscient, omnipotent qui usait d’elle à ma guise, sans égard pour son bien-être, la conduisant d’expérience en expérience dans le but unique de créer une histoire intéressante dont elle était autant l'héroïne que la victime. J’étais son Victor Frankenstein, décidant de son apparence, de sa démarche, de son étincelle de vie. J’étais son marionnettiste, l’animant comme il me plaisait, sans qu’elle ne puisse, simple personnage, protester ou même simplement penser protester. J’étais son goa'uld, décidant de ce qu’elle pensait sans lui laisser autre chose que l’illusion du choix, encore une fois à son insu. Enfin, j’étais ses trois Parques, brodant de ma page word son destin et celui de ceux qui la côtoyaient, cruelles et implacables tisserandes.  

Mais voilà, je n’ai pas fait que créer une coquille vide, un golem d’encre et de papier mais belle et bien une nouvelle prométhéenne: lorsque le livre est lu, je ne suis plus là à contrôler qui elle est et elle peut s'échapper de la prison que je lui ai bâtie. Bien sûr j’ai écrit la trame, ses réactions, ses pensées, mais l’interprétation de ce que j’ai écrit a dorénavant lieu dans l’esprit du lecteur et c’est lui qui lui insuffle une vie indépendante, car cette femme que j’ai imaginée, celle que j’ai créée par un acte proprement démiurgique n’est plus celle que vous lisez, ni, à défaut, celle que vous pouvez voir et contempler sur cette splendide illustration. Pas uniquement en tout cas.

Isulka s’est émancipée de moi, pour le meilleur et pour le pire, ce qui, à mon humble avis, est l’essence même de l’art. Plus elle sera lue, plus sa flamme sera forte et indépendante ce qui, avouons le, sied davantage sont caractère que celui de simple victime de la plume.

J’espère en tout cas qu’elle a su vous convaincre de lire ses aventures !

Dorian Lake
samedi 19 septembre 2015 | By: Dorian Lake

Isulka la Mageresse sera édité!

 Veuve Clicquot pour fêter ça.

Isulka est un personnage qui me tient à cœur et qui vit dans mon esprit depuis quelques années. Lorsque je l’ai créée, je pensais qu’elle ne vivrait que lors de quelques parties de jeu de rôle, dans un cadre restreint et privé. Elle n’était pas destinée à devenir un personnage de roman et à devenir connue, ne serait-ce par un petit nombre de lecteur.

Pourtant, cette mageresse au caractère indomptable n’a pas voulu se faire oublier une fois les parties de jeu de rôle terminées. Elle ne m’a pas laissé l’enterrer dans la fosse commune des personnages un jour joués, un jour oubliés. Telle Uma Thurman dans Kill Bill, elle s’est extirpée de sa tombe et m’a forcé, arme au poing, à écrire son histoire.

Je lui ai dit que ce serait douloureux, que j’étais incapable de lui écrire une petite romance tranquille au coin du feu : elle risquerait sa vie, son honneur et sa santé mentale. Je lui ai dit que même si elle survivait à toutes ces pages et à tous ces mots que je mettrai en travers de son chemin, elle ne serait jamais lue, jamais éditée, vouée à l’abandon sur un vieux disque dur. Je lui ai conseillé de retourner dans sa tombe, elle y serait plus cosy. Mais ce n’est pas le genre de femme qui fait ce qu’on lui dit.

Il faut comprendre qu’Isulka n’est pas religieuse et n’a que peu de dévotion envers son créateur, c’est-à-dire moi. Elle est déterminée et bien qu’un peu lâche, elle ne se laisse pas faire. Qu’importe donc qu’elle ne soit pas éditée : s’il le faut, ce sera à moi de l’autoéditer. Elle est comme ça, Isulka, quand elle ne passe pas par la grande porte, elle escalade le balcon, manque de se briser le cou, jure devant la porte-fenêtre close mais, après moult péripéties, elle parvient ridiculement héroïquement à se glisser par la chatière.

Pourtant… Pourtant, une jeune femme aussi impossible et insupportable a su plaire, je ne sais trop comment, à d’autres que moi. C’est probablement l’avantage de maîtriser la magie, ça permet d’envoûter le lectorat et de lui faire croire l’espace d’un instant qu’on est une héroïne de roman, belle, fraiche et pure. Et la magie d’Isulka est puissante, c’est un jouet que je n’aurais jamais dû lui mettre entre les mains, car non seulement elle a envoûté mes « beta-lecteurs », mais également un comité de lecture entier.

Je pense, en toute honnêteté, que les membres de ce comité ont simplement vu de quoi elle était capable dans les pages du roman et qu’ils se sont dits que non, ce ne seraient pas eux qui se la mettraient à dos. Il y a la police pour ça, voire, au pire, l’inquisition. Hop, rebelote avec la directrice de collection (je n’ai pas eu vent des négociations) et voilà qu’Isulka, cette piquante garce, se retrouve sur la voie de l’édition. Ce petit roman rédigé sous la contrainte par votre serviteur (enfin, surtout SON serviteur…) a été accepté par un éditeur.

C’est donc avec une certaine fierté que je vous annonce qu’Isulka la Mageresse sera édité par Lune Écarlate, dans sa nouvelle collection Lune Mécanique.

Lune Ecarlate

Isulka a donc fait le premier pas vers l’immortalité par l’art et, surtout, par la conquête des cerveaux des victimes qui liront mes pages et qui devront, je l’espère du moins, se souvenir d’elle jusque sur leur lit de mort. Qui sait, peut-être que l’un ou l’une d’entre vous la verra lorsque sa vie défilera devant ses yeux, son petit sourire sardonique l’accompagnant dans l’au-delà. Dit comme ça, je le conçois, ça fait un peu glauque. Mais je vous assure, sous ses airs de dure à cuire, elle a un cœur qui, s’il n’est pas géant, a le mérite de battre avec force et passion.

Voilà, j’aimerais donc dire félicitations à Isulka et un grand merci aux autres personnages, dont Scipione qui fait malgré tout partie de la tête d’affiche du roman et qui, avouons-le, est un charismatique side-kick (ne lui répétez pas par contre, il a le sang chaud et le duel facile). Un autre grand merci à Lune Écarlate qui a décidé contre tout bon sens de faire confiance à cette mageresse peu recommandable.

Enfin, je vous dis bonne chance, futurs lecteurs. Vous en aurez besoin…
jeudi 10 septembre 2015 | By: Dorian Lake

Share the Love - des blogs et ressources qui valent le détour.

Depuis que j’ai commencé ce blog, j’ai eu l’occasion de vadrouiller sur le net et de nouer un certain nombre de contacts avec d’autres blogueurs ou sites spécialisés dans l’écriture et la SFFF. On ne s’en doute pas forcément avant de vraiment mettre le pied dans la blogosphère, mais il existe beaucoup de synergies entre les différents auteurs, critiques, éditeurs et associations spécialisées. C’est même tout à fait passionnant et enrichissant et on est au final très loin de l’image désolidarisée et aliénante que véhiculent parfois les médias sur la sphère internet. De beaux contacts donc depuis que je me suis lancé, il y a bientôt six mois. Pour tout vous dire, je n’ai jamais croisé un troll, alors que les encouragements ont été nombreux.

Je saisis donc l’occasion pour partager l'amour, ainsi que des ressources qui ne peuvent que vous être utiles !


Lien vers le GGG3 Cocyclics est un collectif qui propose sur son forum des cycles de bêta-lectures, pourvu que le récit rentre dans le cadre de la SFFF (Science-Fiction – Fantasy – Fantastique). Ils ont plusieurs types de bêta-lectures (que j’appellerai BL à partir de maintenant) : vous pouvez proposer un simple extrait de 15000 caractères maximum, une nouvelle ou carrément votre roman. Dans ce dernier cas, la BL ne sera acceptée qu’après un certain temps et une certaine activité sur le forum, mais en contrepartie vous aurez droit à un accompagnement complet de votre manuscrit ainsi qu’à, à la fin de ce périple, un petit tampon Cocyclics qui valide que votre roman a suivi le cycle de BL du collectif. Ce petit tampon, qui se mérite, pourra vous faciliter les contacts avec des maisons d’éditions.

Le principe est donnant-donnant. Pour recevoir des BL, il faut en donner. C’est simple, justifié et permet à tous d’y trouver son compte. J’ai découvert le site trop tard pour mon premier roman, mais j’essayerai très certainement de faire ce cycle pour un prochain. Une de mes nouvelles est également en BL et cela aide beaucoup.

Le forum regorge également d’avis, de questions et de bonnes idées liées à l’écriture et à la SFFF. Les gens y sont sympas et dynamiques. Des rencontres IRL (dans la vraie vie) sont également organisées de temps à autre.

Enfin, le collectif publie un petit annuaire des maisons d’éditions de la SFFF qui indique pour chacune les modalités, les genres et les délais. Ce guide est vraiment, vraiment (double-vraiment volontaire, je vous assure), très utile. Il est payant, mais vaut le coup (je vous épargne un troisième « vraiment »).






Génération Écriture est une association dont le but avouée est d’aider de jeunes auteurs et de leur donner un cadre pour échanger sur leur passion. J’ai découvert l’association par le biais d’un Codex d’écriture qu’ils ont produits et qui est d’une très grande richesse. J’en parle plus avant dans cet article et ne saurais que vous engager à le bouquiner.

GE publie également un webzine, qui est fort sympathique, bien écrit et dans lequel je compte m’investir un tant soit peu dans le futur. A côté du webzine, il y a un certain nombres de projets comme récemment un concours de scenarii pour des courts-métrages, en partenariat avec des étudiants de ciné. Il fallait y penser.

Un forum existe également et est peuplé de bonnes idées, de discussions liées à l’écriture, de tuyaux et d’informations liées au monde littéraire. Les membres sont très sympathiques et dynamiques. L’ambiance est bonne enfant.

Moi qui ne suis habituellement pas adepte du milieu associatif, je suis là convaincu.




http://escroc-griffe.com/
Voici le blog de Jean-Sébastien Guillermou, dont j’ai chroniqué le premier ouvrage ici. Son blog ne se concentre pas uniquement sur ses écrits mais propose des thèmes un peu similaires aux miens, à savoir l’écriture, la SFFF, les séries etc. Sa plume est agréable et ses avis sont toujours nuancés et intéressants.

Jean-Sébastien a également été de très bon conseil envers moi et c’est lui qui par exemple m’a parlé de Cocyclics. C’est aussi à cause de lui que vous ne pouvez plus lire la Chute de Canniba en entier, car s’agissant d’un texte qui pourrait se faire éditer (je balance !).

Je ne saurais que conseiller d’ajouter son blog à vos favoris, vous ne le regretterez pas.



Un blog d’une jeune auteure qui maîtrise mille fois mieux que moi la blogosphère et le digital. Son blog a deux aspects, tout d’abord un côté conseils d’écriture et un autre aspect plus orienté technique et j’irais jusqu’à dire web-marketing.

C’est le blog que je suis depuis le plus longtemps, ayant même eu la chance de me faire interviewer à mes tout débuts. Souvent intéressant, toujours bien écrit, son blog fait très pro.



Auteure d’une série steampunk que je n’ai hélas pas encore pris le temps de lire, Catherine propose régulièrement des articles plein de ressources sur ce qu’elle a pu trouver sur le web en lien avec l’écriture, le steampunk ou des infos culturelles. Sans compter bien sûr ses articles personnels, qui sont peut-être un peu moins fréquents ces temps-ci mais qui restent au demeurant passionnants.

Elle propose aussi des critiques de livres, toujours dans le genre de la SFFF et partage des articles en français et en anglais qui sont toujours bien choisis. Elle a ce don de dénicher des billets qu’autrement je n’aurais jamais lu.



Voilà, vous avez de quoi faire !
Si vous pensez avoir été injustement oublié ou que vous avez également des ressources à partager, en français comme en anglais, les commentaires sont à votre entière disposition.
jeudi 3 septembre 2015 | By: Dorian Lake

True Detective: Le Renouveau du Film Noir

Pas de Spoiler.

Un réalisateur, que je trouvais génial au début des années 2000 mais qui a perdu la flamme depuis, a récemment dit que True Detective était une série ennuyeuse, pour rester poli. Il n’y voyait pas l’intérêt (sûrement pas assez de boom-boom). Alors oui, le tout premier épisode est un peu lent, mais cette série est une réussite absolue qui renouvelle avec brio un genre né dans les années 40 et que j’aime beaucoup, j’ai nommé le film noir (ou néo-noir, qui est le terme aujourd’hui utilisé).

Je vais parler dans cet article principalement de la saison 2 qui est peut-être plus accessible que la saison 1 et également plus rythmée, mais ne zappez pas la première pour autant. Oui je précise, les deux saisons sont totalement indépendantes et n’ont aucun lien, si ce n’est le genre.



Dans une Californie polluée et brûlante, un homme d’affaires est retrouvé mort sur une aire d’autoroute. Ce crime permet de dévoiler peu à peu toute la noirceur d’une Amérique ultra capitaliste dirigée par des politiciens corrompus, des hommes d’affaires dégueulant le fric et des mafieux trafiquant sans aucun égard pour l’humain. Je n’irai pas dans le détail pour vous garder la surprise, mais la série nous plonge dans les travers de l’humanité avec cynisme et fatalisme, dépeignant un monde sale et crû où l’espoir est foulé du pied par le sacro-saint dollar. L’être humain est une marchandise, qui peut être sacrifiée et dont la valeur est inscrite sur un livre de comptes.

Les héros de la série sont des minables, corrompus et autodestructeurs que l’on jette dans cette enquête sans illusion sur leurs compétences. L’un d’entre eux nous dit à un moment donné qu’il n’est pas Columbo. Le ton est donné.

C’est par le biais de ces personnages, rendus incroyablement humains et fragiles par leurs multiples défauts, que la série nous entraine dans leur enfer. Beaucoup de discussions intimistes et défaitistes nous font rentrer dans leur intimité, leur quotidien et expose aux yeux du téléspectateur leurs doutes et leurs faiblesses. Ils sont crédibles, l’interprétation excellente n’y étant pas pour rien.



Le scenario est plutôt tordu et il faut s’accrocher jusqu’aux derniers épisodes pour vraiment comprendre ce qui s’est passé. L’enquête se tient, mais l’important n’est peut-être pas ce qui s’est réellement passé mais tous les intérêts qui en découlent et que la série nous fait explorer. En cela, nous ne sommes pas vraiment dans le genre policier où un crime doit être résolu mais véritablement dans le film noir : c’est la corruption, les manipulations et les intérêts croisés qui sont importants. Le meurtre n’est qu’un prétexte, un grain de sable qui est là pour foutre en l’air un engrenage parfait. Vu certaines critiques que j’ai pu lire sur cette saison, c’est probablement ce qui a déstabilisé les habitués du polar.

J’aimerais également parler de la musique, qui est de toute beauté, jazzy et désespérée. Le générique est très réussi, mais je retiendrai surtout la musique de Lera Lynn, qui joue d’ailleurs en live dans la série. Ses créations sont mélancoliques et enivrantes et collent à merveille à la nuit californienne. Une de ses chansons ci-dessous.


Pour résumer, si vous aimez vous plongez dans des univers noires et glauques en compagnie de protagonistes désespérés et maudits, si observer la bassesse et la décadence de l’humanité ne vous révulse pas et que la violence ne vous gêne pas, cette série est pour vous. Cette saison revêt des allures de catharsis, un concentré de désespoir et de noirceur, que je ne saurais que conseiller aux amateurs du genre et vivement déconseiller à ceux qui sont réfractaires.