jeudi 7 mai 2015 | By: Dorian Lake

Faut-il lire quand on écrit un livre ou pourquoi je n'aime plus Oscar Wilde.

 Faut-il lire quand on écrit un livre?

Ou pourquoi je n'aime plus Oscar Wilde...
 
Je n’avais jamais lu le Portrait de Dorian Gray, un comble quand on s’appelle Dorian Lake, vous avouerez. On me l'a  plusieurs fois conseillé mais je suis de ceux qui ne lisent pas ce qu’on leur conseille. Si quelqu’un d’autre, que je connais, a aimé un livre, un film, une série avant moi, c’est le meilleur moyen pour que je ne m’y essaye pas, quelles que soient les éloges. Il n’y a que ma moitié qui échappe à cette règle stupide et vaine et elle m’a dit que ce livre était magnifique. A raison donc.

Venons-en au sujet de ce billet. J’ai lu à plusieurs reprises sur des blogs d’écrivains un conseil qui semble au premier abord pertinent et plein se sens, mais qui avec un peu de recul me semble être un piège dont on ne sort pas indemne : lire. Plus précisément, lire dans le genre que vous écrivez, pour vous faire une idée de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas, pour connaître vos goûts, éviter les clichés, s’améliorer et au final proposer une meilleure expérience au lecteur.

Récemment j’ai lu un roman de fantasy pas trop mal mais sans être génial. J’en étais rapidement venu à me comparer, voir ce que je faisais que l’auteure ne faisait pas, le rythme de son récit par rapport au mien, ses dialogues, ses personnages, etc. Comme le roman ne m’a qu’à moitié convaincu, la comparaison ne m’a pas terrifié. Oui j’ai mes petits défauts, mais elle aussi et après le premier tome je n’ai pas eu de complexe d’infériorité ou de supériorité. Je n’ai pas non plus passé un moment de lecture inoubliable.

Mais si l’on en revient à Oscar Wilde, il m’a suffi d’ouvrir son livre pour que je sois saisi par une terrifiante impression qu’il y avait un océan entre nous, un monde, une galaxie. Il a une telle aisance, que ce soit dans ses descriptions ou ses dialogues que je me suis laissé emporter, bercé par des mots toujours bien choisis, par des tirades compliquées dans leur structure et claires dans leur lecture, par des métaphores qui bien que vieilles de plus d’un siècle sonnent toujours aussi justes. Tout y est parfait, notamment ses dialogues qui sont, je trouve, une des parties les plus délicates à rédiger. Alors oui, je n’écris pas dans le même genre littéraire. Ceci dit, si nous étions contemporains et concitoyens, nous enverrions nos textes aux mêmes maisons d’éditions… Autre différence, je cherche avant tout à faire une histoire simple et qui se lise facilement et je ne me clame pas héritier de Baudelaire mais plus des Penny Dreadful. Malgré tout, le peu de comparaison que je parviens à faire serait propre à pousser un clown à la dépression, Krusty si tu me lis...


Maintenant, si j’avais lu l’œuvre de Wilde pendant que j’écrivais, j’aurais saisi virtuellement mes petits manuscrits Word et je les aurais gentiment imprimés pour ensuite les utiliser comme chiffon ou torchon, avant de les lacérer, les déchiqueter, les brûler, vifs, pour enfin les disperser au vent pollué du périph avant de réduire à néant mes fichiers de travail en prenant soin de les faire disparaître de mon disque dur de manière définitive, sans laisser la moindre trace de leur courte existence. Par chance, j’ai eu la présence d’esprit de ne rien lire pendant que j’écrivais, pour ne pas m’influence et ne pas me confronter de plein fouet à des textes tout simplement meilleurs.

Je ne saurais donc que vous conseiller, pendant que vous écrivez du moins, de ne pas vous plonger dans le monde dangereux, cruel, magique mais mesquin d’un autre auteur, surtout s’il est bon. S’il n’est pas bon, de toute façon, vous n’avez rien perdu. Regardez des films, écoutez de la musique, lisez des comics, flirtez avec Youtube et Wikipedia, mais ne vous faîtes pas de mal. Vous risqueriez juste de prendre un coup au moral ou, pire encore, être influencé par un style qui n’est pas le vôtre. Il est déjà si compliqué d’innover et d’arpenter des terres littéraires inconnues que se mettre soi-même des bâtons dans les roues n’est pas ce que vous souhaitez faire.

Puis après et après seulement, lisez Oscar Wilde, parce que c’est quand même vachement beau.

5 commentaires:

Akemi Kyosuke a dit…

Je trouve qu'il est important de lire pour écrire, ne serait-ce que pour enrichir son vocabulaire ou saisir des nuances de rythmes, mais comme tu dis, lire EN MÊME TEMPS que tu écris, ce n'est pas toujours judicieux. J'ai déjà eu ce problème de dépression en lisant un bon livre, même si ce n'était pas Le portrait de Dorian Gray ^^ Je n'ai plus réussi à écrire pendant des semaines. Je ne le conseille à personne.

Dorian Lake a dit…

Je ne suis donc pas le seul! L'un des grands conseils que je lis toujours est de lire tout le temps. Lire oui, c'est souvent une passion pour un auteur, mais ça peut être décourageant ou influençant dans le cadre de l'écriture et du coup j'évite. (Ou je lis un truc qui n'a rien à voir.)

Maud Lovinfosse a dit…

Je connais ça aussi ! Des livres qui me font me sentir nulle (pfff, je ne lui arrive pas à la cheville, autant tout arrêter !). Heureusement que je suis une droguée de l'écriture, et que mes personnages n'aiment pas que je les oublie, ça me fait reprendre à chaque fois. Tout comme le fait que parfois, je lis des livres très mauvais, et là ça me redonne espoir : si ça c'est publié, alors j'ai mes chances ! Entre "mouahaha, je suis un génie à côté de ça", et "je suis une vraie m**** ", je me sens quelquefois au bord de la schizophrénie littéraire...

Dorian Lake a dit…

Le problème des mauvais livres, c'est que ça fait passer un mauvais moment... Ma solution c'est plutôt de lire pas mal quand l'écriture n'est pas à l'ordre du jour et je m'abstiens davantage quand je suis en rédaction...

Maud Lovinfosse a dit…

C'est bien pour ça que j'arrête les mauvais livres avant de les avoir finis :)

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