jeudi 10 décembre 2015 | By: Dorian Lake

Les Principales Armes Blanches

Dès lors que vous lorgnez du côté de la fantasy, du récit historique ou même du fantastique ou de la romance, vous êtes plus que susceptibles de parler d’épées et autres armes blanches. C’est un vaste sujet cependant et les erreurs et approximations sont plus que fréquentes. La plupart des lecteurs ne les remarqueront probablement pas, mais c’est tout de même dommage d’écrire des bêtises, quel que soit le genre.

Je vais donc essayer un petit exercice de vulgarisation. Je ne suis pas un expert absolu en la question mais c’est un sujet qui m’intéresse, alors je vais faire au mieux.

De taille ou d’estoc ?

Voilà deux mots à bien comprendre. Une arme dite de taille aura pour fonction de trancher, comme par exemple une épée ou encore un sabre. D’autres sont d’estoc et ont pour but de transpercer l’ennemi avec le bout pointu, comme une lance ou une rapière. La plupart des armes (ou en tout cas des épées) peuvent faire les deux, mais ont malgré tout une fonction principale.

Ex : trancher avec une rapière est possible, mais ce sera bien moins efficace qu’avec un katana.

Autre petit point avant de rentrer dans le cœur du sujet : l’acier est un minimum souple, à l’inverse de l’acier inoxydable que nous avons à table. Il ploie mais ne se rompt pas et c’est important.

Antiquité (Europe et Méditerranée) :

Le Glaive : Il s’agit d’une épée large mais courte (la lame fait environ 50cm) utilisée notamment par les légionnaires romains et qui s’accompagne d’un bouclier. Il s’agit de porter des coups rapides, d’estoc (le bout pointu). Les romains se battant beaucoup en formation resserrée, le but est de se planquer derrière le bouclier et de donner des coups rapides sans gêner les copains.
Un glaive romain. Les épées celtes avaient la même taille


La Lance : Les grecs utilisaient au combat des formations de lanciers, ou plutôt de piquiers car les lances en question mesuraient dans les 5 mètres de long. On appelle ces formations les phalanges: elles sont aussi en rangs serrés et maintiennent à distance l’infanterie ennemie (les gars à pieds) et sont très dangereuses pour la cavalerie. Voyez les Unsullied dans Game of Thrones ? L’inspiration vient de là.

A noter que la lance est une arme très efficace. Rapide, relativement facile à manier, avec une grande portée, c’est pratiquement l’arme ultime et l’histoire le prouve à de nombreuses reprises.

THIS IS SPARTAAAA !
La Hache : Plutôt utilisée par les celtes et les germains. Plus lente, moins équilibrée qu’une épée mais elle permet des coups violents ou de briser des gardes. A ne pas confondre avec la francisque, une hache de jet utilisée plutôt par les élites. Peu précise (comparée au javelot) mais elle fait mal quand elle touche.

Une francisque chez Rêve d'Acier

Le Khépesh : Arme typiquement égyptienne, qui ne frappe que de taille. C’est un ancêtre du cimeterre (le sabre arabe).
Une Khépesh égyptien

Moyen-âge :

L'Épée : L’épée est une évolution du glaive et demeure une arme réservée à l’élite et notamment aux chevaliers. Au début du moyen-âge, elle se tient à une main alors que la seconde main porte un bouclier. On frappe plutôt de taille, mais l’estoc est possible et fait mal. Beaucoup de coups touchent avant tout aux cuisses et aux jambes. Notez que les épées étaient affutées.
Épée et écu avec blason
L’épée évolue ensuite et s’allonge, notamment parce que les armures protègent mieux et que du coup il faut frapper plus fort. Elle devient à une main et demie (la seconde main peut se placer au niveau du pommeau) et on l’appelle bâtarde. Pourquoi ? Parce que pour la manier à deux mains, il faut lâcher le bouclier (ou écu). Or, ce bouclier arbore le blason de la famille. Le lâcher signifie lâcher sa famille et ça, c’est pas bien.

Escrime allemande à deux mains
L’épée continue encore de s’allonger et passe à deux mains. Alors attention, malgré sa taille le maniement est très rapide et l’arme reste légère (moins de 2kg). Les combats se passent vite et sont techniques. Oubliez les coups violents et bêbêtes du cinéma.

Une épée que l'on manie à deux mains, de chez Rêves d'Acier.
Certaines épées sont des mastodontes, notamment le « brand d’arçon » qui est une arme utilisée par les chevaliers désarçonnés. A priori c’est plutôt pour faire peur et faire reculer les adversaires. Mention spéciale également pour la Claymore, l’arme des Highlands de l’époque et également à deux mains (Braveheart). D’ailleurs, sachez que c’est l’une des seules épées qui se portaient dans le dos. Une épée, même longue, se porte à la ceinture dans la vraie histoire. Les grandes-grandes épées sont portées par le cheval ou contre l’épaule, mais oubliez le dos (sauf les claymores, donc…).

La Lance : d’un côté nous avons la lance de cavalerie, utilisée par les chevaliers lors de joutes ou pour des charges. De l’autre, on a l’arme de roturier, pas très chère et toujours aussi efficace. Ainsi quand votre personnage tombe sur quelques gardes armés de lances, et bien c’est dangereux. Pour frapper quelqu’un qui en porte une, il faut réussir à se rapprocher alors qu’il fera tout pour vous tenir à distance. Lance = avantage.

Juste, sachez que si les murs de lances étaient extrêmement dangereux à l’antiquité, ils le demeurent au moyen-âge. Par contre, comme les chevaux portent des armures (caparaçons pour les intimes), les charges contre des troupes d’infanterie sont moins stupides que par le passé et peuvent briser une formation.

Saviez-vous que : en parlant de charge de cavalerie, la renaissance a vu l’une des plus grandes charges de l’Histoire, si ce n’est la plus grande lors du siège de Vienne par les troupes ottomanes. Ce sont les hussards polonais (des malades en armure lourde qui ont des ailes dans le dos) qui ont envoyé toute leur armée (dont la garde du Roi et 3000 hussards) en Autriche.

Un Hussard Ailé. La cavalerie polonaise et lituanienne (même s'il y a eu des hussards d'autres nationalité)
Les Armes d’Hast : Ce sont des armes constituées d’un long manche en bois (la hampe) et d’une lame. La lance en fait partie, mais pas seulement. Vous retrouvez également la hallebarde, la bardiche ou le partisan en occident, le naginata au japon et sûrement plein d’autres. Le principe est d’avoir une grande allonge pour frapper de loin et de porter des coups plus violents qu’avec une arme plus courte. Il s’agit d’armes peu chères et donc accessibles pour des roturiers, des armées régulières ou des garnisons. Toujours efficace contre la cavalerie.

Tout en délicatesse.


Les Masses : en fait, l’estoc et la taille ne sont pas les seules façons de se faire des bobos au Moyen-âge. L’autre façon, c’est la masse ou le fléau, des coups contondants qui sont là pour écraser et percuter. Particulièrement efficaces contre les armures lourdes contre lesquelles les coups tranchants sont relativement inutiles. Mention spéciale au fléau qui permet de contourner un minimum le bouclier adverse.

Des masses.

Le fléau d'armes. Voir quelqu'un manier ça doit faire très peur...

Le Cimeterre : Il s’agit d’un sabre (arme de taille, un seul tranchant) à la lame très courbée qui était d’usage au Moyen-Orient, principalement en perse. En acier de Damas souvent, le cimeterre est très souple et résistant et grâce et permet des coups rapides. Wikipedia vient de me dire que la forme courbée fait qu’elle glisse contre les protections comme la maille et donc permet de rattraper des attaques manquées. Elle déchire aussi mieux les vêtements qu’une épée droite et les plaies sont de fait plus profondes. Bref, vu toutes les conquêtes des musulmans  et leur domination de l’orient et d’une partie de l’Europe jusqu’au XIXè siècle, il ne fait pas de doute que cette arme est très efficace.

Un Cimeterre chez Rêves d'Acier

Le Katana : Pas besoin de vous présenter l’arme du samouraï japonais, le katana. Il s’agit d’un sabre que l’on manie en général à deux mains et dont le tranchant est très tranchant. Il fait aussi bobo en estoc, mais ce n’est pas son intérêt principal. Il peut aussi être accompagné au combat par le wakizashi, un sabre plus court qui s’apparente à la dague, mais en version tranchante. Le wakizashi représente l’âme du samouraï et il ne s’en sépare jamais. Si vous avez un samouraï dans votre histoire, ne l’oubliez pas.

Un Daisho: katana + wakizashi

Miyamoto Musashi, le « D’Artagnan » nippon, a écrit le célèbre « Traité des Cinq Roues » où il décrit un maniement avec le katana dans une main et le wakizashi dans l’autre. Il expose aussi que le wakizashi est plus efficace en espaces clos que le Katana. Le livre est accessible, si ça vous intéresse.

Il existe une forme de sabre japonais un peu plus longue et lourde, que l’on appelle Nodachi, qui servait à impressionner et à contrer la cavalerie. Il était très peu utilisé car trop lourd et trop compliqué à produire. Un autre héros japonais, Kojiro Sasaki, est réputé avoir pratiqué l’escrime avec ce sabre.

Enfin, une école d’escrime japonaise se focalise sur les techniques de dégaine d’arme. Il s’agit de tirer le sabre du fourreau le plus rapidement possible et de trancher dans le même geste. Ça s’appelle le Iaijutsu. (l’escrime du samouraï s’appelle le Kenjutsu).

Renaissance :

L’épée européenne évolue en Europe. Tout d’abord, les épées à deux mains deviennent encore plus grandes avec notamment les terrifiantes et magnifiques flamberges, qui étaient utilisées par les mercenaires suisses et allemands. Elles servaient notamment à briser les formation de piquiers en cassant les hampes. Mais elles étaient très lourdes et ne favorisaient pas l’équilibre du porteur. Ceux qui les maniaient prenaient donc d’énormes risques, si bien qu’ils étaient les mieux payés des mercenaires et recourraient à des drogues pour ne pas perdre courage. A priori, ça ne les empêchait pas de mourir…

Les lansquenets, charmants personnages connus pour le sac de Rome
D’un autre côté, l’épée s’affine et s’allonge et quitte la taille pour l’estoc. C’est en grande partie liée aux armures et c’est ainsi que naquit la rapière, vers le XVIe siècle. La rapière est une épée, fine et tranchante mais que l’on utilise principalement pour des coups avec la pointe. L’arme est plutôt lourde comme on la tient avec une seule main (ce n’est pas un fleuret), mais elle est bien équilibrée et maniable. On peut l’accompagner d’abord d’un petit bouclier, le bocle, puis d’une dague que l’on appelle main-gauche. Zorro se bat à la rapière (garde espagnole) tout comme les trois mousquetaires. J’ai pour ma part un faible pour les gardes italiennes, plus ouvragées.

La Rapière quitte assez rapidement les champs de bataille cependant et se fait remplacer par les sabres, moins longs et donc moins encombrant et également par les épées de Cour, plus courtes et plus légères. Peu à peu on entre dans l’escrime sportive.

Se battre nu... Merci la renaissance !

En Écosse, les highlanders passent également à une lame plus courte, que l’on appelle toujours claymore et qui en fait vient d’Angleterre. Il s’agit d’une épée à garde-panier (basket hilt broadsword) que vous devriez voir dans une série comme Outlander.

Une claymore, mais à ne pas confondre avec l'épée à deux mains du même nom.

La Renaissance voit la renaissance (pun intended) des formations de piquiers, avec notamment les gardes suisses. Il faut dire que c’est l’époque où on redécouvre l’antiquité et donc les stratégies antiques. Machiavel en parle beaucoup dans l’Art de la Guerre, où il voue un culte aux anciens (non, pas Cthulhu). On voit un retour à l’infanterie (le moyen-âge sur-kiffant la cavalerie) et l’idée que des nobles puissent se faire tuer par des soldats de métiers devient moins déconnante.

L’arrivée des armes à feu :

Je parlerai des armes à feu dans un prochain article, mais elles ont une grande influence sur l’usage des armes blanches. Déjà, elles rendent l’armure obsolète. Poom. Et donc si l’armure est obsolète, toutes les armes pour se battre en armure deviennent obsolète. Poom poom.

La Baïonnette : Déjà, l’infanterie se sépare des épées et des armes d’hast à mesure que le mousquet se développe. Mais que fait-on quand il pleut et que la poudre refuse de faire boom ? On met une baïonnette au bout du mousquet ou du fusil et on charge dans la mêlée. C’est l’arme d’Hast moderne, encore en usage de nos jours.

Chaaaaaargeeeeeez !

Les Sabres sont plutôt une arme d’officiers et de cavalerie, qui sont toujours utilisés jusque l’histoire moderne. Ils ont un seul tranchant et sont légèrement courbées. Il s’agit surtout de faucher l’infanterie lorsque l’on est à cheval et ce n’est donc pas l’arme la plus pratique pour les duels. Mais bon, à cette époque, les duels sont plutôt à l’arme à feu…

La marine voit également l’arrivée de sabres d’abordage, plus courts et très robustes. C’est également ceux-ci qu’utiliseront les pirates pendant l’âge d’or de la piraterie. Ils servent aussi bien à trancher les espagnols que les cordages et sont accompagnés par une flopée d’armes d’appoints, comme des hachettes ou des gourdins. Délicatesse…

On arrive aussi aux Poignards, qui accompagnent les militaires ou les trappeurs, comme le fameux couteau bowie. L’arme blanche devient  donc avec le temps un complément aux armes à feu, que l’on utilise au cas où et en dernier ressort. C’est aussi une arme d’apparat. Malgré tout, les charges à la baïonnette ou de cavalerie continuent même pendant le XXè siècle.

Un petit couteau à beurre américain...
En Conclusion

Voilà pour ce tout petit point. Il y a beaucoup plus à dire, mais on pourrait juste y passer des jours et des jours. J’attire aussi votre intention sur un point important : il n’y a jamais dans l’histoire un moment où paf, toutes les armes sont harmonisées. L’épée bâtarde, par exemple, n’a pas rendu les épées à une main obsolète et au contraire, elles se sont longuement côtoyées. Ce qui fait que dater avec précision un type d’armes est compliqué car elles se sont souvent chevauchées et les évolutions ont été successives. Nous n’avons qu’à voir aujourd’hui, quand des voitures des années 70 roulent en même temps que des hybrides de 2015, alors que la technologie s’est tant accéléré. Donc oui, un duel entre un cimeterre et une rapière est plausible.

Aussi, je vous conseille fortement d’oublier les armes trop fantaisiste. Beaucoup d’armes différentes ont existé et plus elles ont duré, plus elles étaient fonctionnelles et efficaces. Sélection naturelle, baby. Vous avez énormément de choix, que ce soit en Europe, en Orient, en Asie et sûrement en Afrique. Et puis, aucune arme n’est parfaite et aucune n’est foncièrement meilleure que les autres. Tout est une question d’usage et de contexte.

Enfin, je n'ai parlé que de ce que je connaissais, mais vous avez sûrement beaucoup à trouver du côté des Zulus, Incas, Sikhs ou autres peuples. Si vous décrivez des contrées exotiques historiques ou imaginer, chercher de ce côté moins connu peut être très dépaysant et intéressant.

Pour aller plus loin :

- Wikipedia a beaucoup à vous dire
- Le traité des cinq roues de Musashi
- L’Art de la guerre de Machiavel
- La boutique en ligne de Rêves d’Acier (beaucoup de jolies lames historiques)
- La série de jeu vidéo Total War (y jouer ou consulter les pages wikia)
- Le jeu vidéo Mount & Blade
- Les jeux vidéo Demon Souls et Dark Souls, dont les combats sont réalistes


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4 commentaires:

Crazy a dit…

Merci pour l'article, très intéressant.
- tu devrais mettre le lien sur Cocy ^^
- tu aurais pu aussi évoquer les parades : un katana n'est pas fait pour parer, par exemple, et une rapière ne parera pas un sabre sans casser, afaik.

Dorian Lake a dit…

Merci pour le commentaire.

J'avoue avoir laissé les parades un peu à l'écart, car c'est plutôt technique et je me sentais pas d'entrer dans ces considérations pour chaque arme. Pour étudier les parades à l'escrime (et pour le moment juste avec l'épée longue allemande) c'est plutôt une question de frapper l'arme que de l'intercepter à proprement parler.

Mais parer une arme plus grosse, c'est en effet compliqué et j'encourage les auteurs touchant à cela à se renseigner un minimum avant de décrire un combat.

Elikya a dit…

Merci Dorian pour cet article très intéressant.
Je suis en plein dans un récit de samouraï où les combats jouent un rôle essentiel. Arg !
Donc, sauf erreur de ma part, une parade avec un katana ne consiste pas à bloquer l'arme de l'adversaire, mais à faire glisser son katana contre la sienne pour la dévier. Autant vous dire que je m'amuse bien ! Re-arg !

Dorian Lake a dit…

Encore le katana, c'est plutôt bien documenté et surtout, sa pratique existe toujours aujourd'hui. Il y a beaucoup de films (pas toujours trouvables même en sous-titré), etc.

Du coup, je dirais c'est à double tranchant: bien que provenant d'une petite île à l'autre bout du monde, beaucoup de gens s'y connaissent un minimum et sauront séparer le réaliste du n'importe quoi. Mais l'avantage, c'est qu'on peut se renseigner, même plus facilement que pour les techniques occidentales.

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