jeudi 20 août 2015 | By: Dorian Lake

Un peu de romance...

Le genre de la romance n’est pas ce qui m’attire le plus, que ce soit en tant que lecteur ou qu’auteur. La seule romance que j’ai écrite était pour le court-métrage dont je vous avais parlé ici et il s’agit d’un récit horrifique et malsain, où l’eau de rose n’a pas vraiment sa place.

Ceci dit, même si un livre ne tourne pas autour d’une histoire d’amour, les relations amoureuses ont une place importantes dans la littérature et plus généralement dans les arts. C’est là un aspect universel et fondamental de l’humain et l’ignorer serait dommage. C’est d’ailleurs plutôt de ce dont je vais parler ici, de la romance présente dans un récit, principalement SFFF, et non de la romance en tant que genre littéraire.

Rendre une romance intéressante est difficile. Combien d’entre-elles tombent à plat et desservent l’intrigue au lieu de la servir ? Il m’est souvent arrivé dans des romans de m’ennuyer lorsque le héros et l’héroïne s’amourachaient comme des adolescents en pleine puberté, en trouvant juste le temps long.

Je ne suis pas du tout expert, mais voici quelques idées pour ne pas rater une romance.

1 A mort les clichés

Il est beau, fort, intelligent, gentil mais viril à la fois. C’est un bad boy, mais avec un cœur. Elle est belle, un peu rebelle mais pas trop, indépendante mais soumise à la fois. A la première ligne on sait qu’ils vont finir ensemble, parce qu’il y a des éclairs lors de leur rencontre. Ils vont sûrement pas être copains au début et se dire quelques vacheries, mais au fond de leur petit cœur c’est la passion avec un grand P.
 Oui, j'ai honte de me moquer de James.
Il est peut-être stéréotypé, mais comme il fait partie d'une
série extra-ordinaire (Twin Peaks), on lui pardonne!

Pour ma part, jamais je ne m’attacherai à des personnages qui se résument à cela et leur romance me laissera indifférent au plus haut point. Cela ne veut pas forcément dire que les personnages en eux-mêmes sont inintéressants, loin de là. Ils peuvent être riches et fouillés par ailleurs et avoir de grandes aventures, mais la relation risque d’être ennuyeuse.

Exemple concret, dans Geist de Philippa Ballantine (spoiler alert) : l’héroïne a du tempérament, est dure et intéressante. Mais quand elle rencontre le héros, qui est moins intéressant qu’elle, leur relation tombe dans le classico-cliché. La romance est plate et je n’ai pas compris ce qu’ils faisaient ensemble, même si je l’avais vu venir à des lieues. Cela faisait remplissage de cahier des charges. C’est dommage, c’est en grande partie ce qui m’a détourné du bouquin qui autrement était pas mal.

Cas inverse : dans la saga du sorceleur, le héros, Géralt, a une relation des plus compliquées avec Yennefer. Ils s’aiment, mais passent leur temps à s’écharper, à se remettre ensemble, puis de nouveau se déchirer. Leurs objectifs sont parfois alignés, parfois contradictoires, si bien qu’au début d’une nouvelle on ne sait pas si ça va bien ou mal se passer entre eux. Le fait de ne pas savoir, d’être surpris est important. Savoir comment ça va se passer avant que ça commence, ce n’est pas très palpitant et c’est même plutôt inutile.

A retenir : le héros et l’héroïne n’ont pas besoin de finir ensemble…

2 Les histoires d’amour finissent mal


Autre cliché éculé : le garçon et la fille font partie de familles/clans/races ennemi(e)s mais, malgré tout, l’amour est plus fort que tout. Bref, on se retrouve devant le schéma de Roméo et Juliette, encore et toujours. SAUF QUE, Roméo et Juliette, c’est une tragédie. Spoiler Alert : les amoureux meurent à la fin, par double suicide. Le message de Shakespeare n’est pas que l’amour triomphe, mais que le poids des traditions écrase les individus. Ce cliché des familles ennemies est donc souvent utilisé de travers et il était bien plus efficace quand la fin était tragique.

En règle général, je pense qu’une histoire d’amour heureuse est moins intéressante qu’une histoire d’amour malheureuse. Si les héros et héroïnes triomphent de tout et finissent ensemble et heureux, cela peut certes apporter une satisfaction à la fin du bouquin si la romance est impeccable, mais surtout le lecteur s’y attendra depuis le début (on y revient). Une relation qui se passe mal, avec des hauts et des bas et qui finit dans la déchirure et le pathos, c’est autrement plus fort.

Lorsque le lecteur sait ce que le personnage devrait faire pour être heureux, lui souffle plus ou moins fort à chaque passage et voit la tragédie se dérouler sous ses yeux, il est investi. Certes, certains lecteurs veulent que les choses finissent bien et la tragédie ou, à défaut, une relation qui finit mal ne leur plaira peut-être pas, mais ça reste à mon avis le plus riche.

Combien de romances heureuses ont marqué l’histoire ? Hélène et Pâris ? Orphée et Eurydice ? Marc-Antoine et Cléopâtre ? Arthur et Guenièvre ? Roméo et Juliette ? Scarlett O’Hara et Rhett Butler ? Bonnie et Clyde ? Néo et Trinity ? Buffy et Spike ?

3 Se reconnaître dans le personnage

Pour être investi dans une romance, il faut que le lecteur puisse se mettre à la place du protagoniste. C’est ce qui fait que personnellement je n’irais pas lire 50 shades, car j’aurais bien du mal à me mettre dans la peau d’une jeune femme frustrée dont le phantasme est de se faire tabasser par un riche psychopathe.

En fait, je me rends compte que les romances dans les jeux vidéo me parlent davantage, surtout quand c’est moi qui crée le personnage ou que celui-ci m’est sympathique. Forcément, comme j’ai fait les choix qui m’ont mené là (au niveau de l’histoire et de la romance), je me sens concerné et impliqué. Je pense que c’est aussi là que l’on se rend compte que la romance n’est pas seulement pour un public féminin. Les forums de jeux-vidéo regorgent de débats sur les romances possibles et visiblement c’est quelque chose qui a beaucoup de succès. On n'imagine plus un Mass Effect sans ses partenaires potentiels. A mon avis, le public masculin peut apprécier autant une romance que le public féminin, pourvu que celle-ci ne définisse pas à elle seule le livre.


C’est forcément plus compliqué de faire ça dans un bouquin, car les lecteurs sont multiples, avec des goûts et des orientations différentes. C’est pour cela que les personnages doivent être travaillés et intéressants. Et ils doivent être compliqués tout en restant crédibles… Les personnages doivent aussi exister au-delà de la relation amoureuse et ne pas être définie par elle, si bien que la plus mauvaise façon que je puisse imaginer pour créer un personnage soit de commencer par : « il/elle sera le love interest du héros/de l’héroïne ». Si le lecteur aime le protagoniste, il s’intéressera à ses histoires de cœur et éprouvera de l’empathie. Pour peu qu’il trouve le/la partenaire aussi intéressante, alors il s’investira pleinement dans leur relation.

Parfois, aussi, la passion s’éteint, pas forcément au même rythme pour les deux et c’est douloureux. Combien de fois voit-on ça, surtout dans les romans fantasy, ou en général les amours sont autant héroïques que les protagonistes, éternels et inébranlables ?

En conclusion, je dirais que pour faire une bonne romance, il faut de bons personnages. C’est aussi simple que ça. Si les personnages sont riches, crédibles, intéressants et parfois surprenants, alors une romance pourra plaire au plus grand nombre, y compris ceux qui ne se tourneraient pas forcément vers ce type de livres. Ne me reste plus qu’à en glisser un peu plus dans mon prochain roman !

8 commentaires:

Crazy a dit…

Intéressant, sauf que je ne suis pas d'accord sur le "si l'histoire d'amour se finit mal, elle sera forcément meilleure".
Soit elle est compliquée, voire tragique, mais elle perdure et c'est ça qui est important.
Soit elle se termine tragiquement, et là, c'est soit sadisme de l'auteur (en faisant intervenir une cause extérieure), soit stupidité des persos qui font tout foirer (idem, mais cause interne) et ça sent vraiment le "l'auteur a fait ça pour faire son intéressant".

Dorian Lake a dit…

Merci pour ton commentaire,

Pour le côté "finit mal", je pense que que les histoires les plus mémorables sont tragiques ou en tout cas dysfonctionnelles. Mais, ça ne veut pas dire qu'une histoire qui finit mal sera forcément bonne, ce serait trop facile.

graceminlibe a dit…

Très intéressant comme point de vue. J'ai écrit des histoires sur facebook et mes lectrices se demandaient pourquoi elles finissaient mal à chaque fois. Je leur disais que je n'aimais pas quand tout est rose. Je pense qu'un auteur devrait alterner entre happy end et son contraire parce que dans la réalité toutes les romances n'ont pas l'éclat des contes de fée.

Grâce Minlibé
Auteur de Chimères de verre

Dorian Lake a dit…

Merci pour ton commentaire, Grâce.

Alterner ou en tout cas traiter chaque relation différemment est intéressant. Ça donne de la vie aux personnages et une illusion de libre arbitre, au lieu d'en faire des machines qui sont là pour apporter une satisfaction au lecteur (et parfois à l'auteur) à la fin.

Didier DE VAUJANY a dit…

Bonjour Dorian,
Tiens ! Un terrain sur lequel je ne t'attendais pas au regard de l'univers décalé de La Chute de Canniba. Le débat pourrait être effectivement long. Disons, à mon avis (qui n'est que le mien), que le style de l'écriture emprunté (j'aurais bien aimé écrire empreinté) par l'auteur est essentiel, que l'histoire finisse bien ou mal. Il faut aussi savoir donner de la profondeur aux personnages. Après, il y a cette voie érotique vers laquelle on peut aller... ou pas ! Là encore, il faut savoir la décrire avec talent.
Pour ma part, j'ai délibérément choisi de ne pas rentrer dans la psychologie de mes personnages au début de ma tétralogie Fantasy, orientée ado / jeune adulte, avec même quelque chose d'assez manichéen... Le but étant au final de surprendre le lecteur à l'orée du dernier tome en faisant exploser certaines relations.
Il faudrait débattre du sujet avec quelques auteurs de la romance comme L-s Ange, chez L'Ivre-Book comme moi. D'ailleurs, si cela t'intéresse, pour cette maison d'édition très sérieuse et surtout orientée numérique, elle cherche quelques auteurs pour un recueil de nouvelles "Romance" (ça peut être dans tous les genres de l'imaginaire, fiction, thriller, historique, ..) tournant autour de la Saint-Valentin, puisque le recueil sortira le 14 février prochain... Moi-même, j'ai envoyé un texte. Il est possible que Valérie Simon en soit si elle a le temps. A toi de voir bien sûr. Tu as jusque fin octobre !

Dorian Lake a dit…

Bonjour Didier,

Je pense également que le plus important reste et demeure les personnages. J'ai mis l'accent sur les fins qui finissent mal, car ce sont surtout ces histoires qui ont pu me marquer, mais je ne vois pas ça comme une règle absolue.

D'ailleurs, pour en revenir aux personnages et leurs relations, notamment amoureuses: lorsque j'écris mon synopsis et mon intrigue avant le premier jet, je décris les actions et le scenario. Mais tout (ou une grande partie en tout cas) ce qui est relationnel se créée petit à petit, au fil de l'eau et des dialogues. Si une histoire d'amour doit naître, alors pourquoi pas, mais ce n'est pas prémédité.

Par contre je ne compte pas me mettre à de la romance en tant que genre. Cela pourrait je pense compléter mes récits, mais j'aurais du mal à en faire un focus. Mais pour une nouvelle, pourquoi pas. Je vais regarder ce que L'Ivre-Book entend par là et qui sait, si une idée me vient pourquoi pas!

Merci pour ton commentaire!

Rebecca G a dit…

Très bon article. Bien rédigé et très intéressant, qui pousse à la réflexion pour toute personne qui écrit... Cependant, je ne crois pas qu'il y ait de recette "miracle" pour obtenir une bonne romance. Un auteur peut suivre tout tes conseils et sortir un truc bien plat et fade, tandis qu'un autre pourrait, à priori, faire le contraire et obtenir une relation qui touche profondément le lecteur... A mon avis, tout dépend de l'habileté de l'auteur à faire passer et partager des sentiments, à faire VIVRE et ressentir ce qu'il écrit. Pas toujours facile, je te l'accorde!

Dorian Lake a dit…

Bonjour Rebecca.

Je suis tout à fait d'accord avec toi: je ne présente que des pistes de réflexion mais il ne s'aurait s'agir d'une recette de cuisine. Ce serait pratique parfois, mais bien moins intéressant si écrire se résumait à suivre des chemins balisés.

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