samedi 11 mars 2017 | By: Dorian Lake

Logan : hype injustifiée, ou chef d’œuvre du cinéma ?



J’ai choisi d’aborder cet avis sur deux niveaux, qui sont importants pour vraiment se faire un avis sur le film. On peut apprécier Logan sans contexte (que ce soit l’univers des X-Men, ou la vie des acteurs), mais ce qui entoure le film lui donne une force supplémentaire.

J’y suis allé avec un a priori positif, comme ça ne m’arrive pas souvent. Parce que je savais que je ne verrais plus Hugh Jackman dans ce rôle. Peut-être que cela a joué sur mon avis, mais je n’en suis persuadé.

À noter que je ne connais pas les Comics-books, je n’ai vu que les films :


Parlons tout d’abord du premier degré, le plus simple, qui reste loin de la simplicité. Logan vieillit, et vivote en tant que chauffeur pour riches imbéciles. Charles Xavier n’est que l’ombre de lui-même, diminué, incapable de survenir à ses propres besoins. Et tous deux survivent ensemble, tant bien que mal, rongés pas les regrets.

Car dans ce futur, sombre et brutal, tous les efforts qu’ils ont pu mener pour aider les leurs se sont soldés par l’échec et la mort. Ils sont les derniers, et ont gâché leur vie, sans jamais pouvoir sauver leurs êtres chers.

L’ambiance est donnée : ce ne sont plus que les ombres d’eux-mêmes, et attendent presque que la mort les délivre enfin de leurs échecs. Leur relation, le long du film, est aigrie, conflictuelle. Blessante. L’univers du film, déshumanisé à souhait, où les derniers hommes bons se font piétiner, rappelle leur tumulte intérieur. On sent la fin.

Les deux acteurs offrent ainsi un répertoire que l’on n’est pas habitué à voir dans un film de super-héros, et qui tient plus du huis-clos psychologique et de la relation dysfonctionnelle, que du blockbuster. Ils sont poignants, toujours justes. De grands acteurs.

Pour revenir à l’intrigue, le salut de Logan et de Charles tient à l’arrivée de Laura, jouée avec talent par Dafne Keen, une actrice que je ne connaissais pas, et que le film nous propose comme « relève ». Car c’est le cœur du film : les x-men ont échoué. La relation qui se noue entre la jeune fille et Logan est réussie, touchante, parfois cruelle. On s'attache à elle.

Les conflits dans ce film sont intérieurs : l’âge, la déception, le remord. Il y a bien des ennemis, qui nous proposent des scènes de violence jouissive et terrible, mais ils ne font jamais qu’alimenter nos héros. Et cela marche à merveille. Hugh Jackman nous offre une férocité qu’il a développé dans toutes ses interprétations, mais qui atteint ici son apothéose, et la jeune Dafne Keen démontre une fureur prodigieuse, qui rend les affrontements durs et beaux à la fois.

Visuellement c’est un succès.

On pourrait s’arrêter là. Mais, ce que les spectateurs rateront peut-être dans quelques années, se montre plus important encore en interprétant ce film. Car les personnages de Logan et de Charles, sur la fin donc, nous ramènent aux acteurs, qui n’incarneront plus ses personnages à l’avenir. Le film a pour objet de leur offrir une dernière représentation, avant que le rideau ne tombe.

Il y a ainsi une mise en abime magnifique sur la condition humaine à travers la fragilité et les regrets de leurs personnages, quand on sait qu’elle touche aussi les acteurs. Patrick Stewart a 70 ans, et ce qu’il nous montre de son personnage, des affres de la vieillesse, prend tout son sens. Et c’est peut-être ce qui rend les acteurs aussi bons et investis dans leur rôle : le film n’est qu’une métaphore de leurs vies, et, plus généralement, de la vie humaine.

Deux formidables acteurs mettent fin à leur rôle culte, et nous rappellent que tout a une fin. Depuis que je suis adolescent je les vois dans ces rôles, et cette voie de sortie qu’ils empruntent me touche et me ramène à ma propre mortalité. Ce n’est pas rien pour une œuvre cinématographique.

Le film nous rappelle que nous vieillirons, comme nos idoles, et que nous aussi, un jour, passerons la relève à une jeune génération. C’est l’un des fondamental de l’humanité, et je pense qu’il s’agit de l’une des thématiques les plus fortes de l’art. Dans un autre registre, c’est ce qui a fait le succès de Skyfall il y a quelques années, cette prise de conscience que ce que nous tenons pour acquis, ne l’est pas.

Ainsi, le thème du film est profond, humain et tragique. Son traitement, sombre, respectueux, et travaillé.

Cela en fait le meilleur film de super-héros que j’ai pu voir, mais pas seulement : c’est une merveille de cinéma que je prendrai plaisir à revoir.

1 commentaires:

Crazy a dit…

Deux remarques, parce que je suis une chieuse :
- on dit "mise en abyme"
- ton article explique pourquoi c'est un bon film, mais tu ne réponds pas à la question posée dans ton titre, c'est dommage.
(Et j'ai globalement bien aimé).

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