mardi 8 novembre 2016 | By: Dorian Lake

Auto-édition - Interview avec Azel Bury

Très chers lecteurs, 

J'ai aujourd'hui le plaisir d'accueillir Azel Bury, une talentueuse romancière (mot très pratique pour échapper au débat auteur(e)/autrice) qui a gentiment accepté de répondre à mes questions, notamment sur l'auto-édition.


Le diptyque phare d'Azel

Sans plus attendre, je vous laisse découvrir l'interview :

Dorian Lake: Salut Azel !

Tu as accepté de répondre à quelques questions. Bien mal t’en as pris, car les voici !

1. Peux-tu te présenter, en quelques mots, pour les auteurs et lecteurs qui ne te connaissent pas encore ?  

Azel Bury: Salut, Dorian, et merci ! 

Je suis auteure indépendante, c’est-à-dire que je n’ai ni Dieu, ni maître, ni éditeur. J’écris depuis deux ans de manière sérieuse, et je suis actuellement mère de trois enfants, perdue dans une campagne du Lot-et-Garonne. L’écriture est mon activité « professionnelle » principale, mais je me considère comme auteure débutante. Je n’écris pas de littérature, j’écris des histoires et je m’amuse beaucoup à les écrire. Sinon que dire de plus ? Je ne fais pas de salons, je ne fais pas de ventes en librairie, je suis complètement dans la matrice ! 

DL: Et tu envisages de faire des salons ?

AB:Non, ou alors s’ils sont prêts de chez moi, ou facilement accessibles et compatibles avec ma vie de famille. Un salon c’est un sacré investissement pour un auteur, j’ai participé déjà à Paris Livre où j’étais invitée, mais je ne sais pas ce qu’il en sera cette année.

DL: 2. Si j’en crois ma petite application Amazon, tu as déjà publié cinq livres. Tu peux nous parler de tes univers et de tes textes ?

AB: J’écris une série de thrillers avec deux enquêteurs de choc : Irma & Adriel. Deux opus sont déjà sortis. C’est un univers plutôt sombre, qui va chercher loin dans les travers de l’âme humaine, mais aussi dans les phénomènes paranormaux, les sciences occultes, les religions, et les mythes. On y voyage beaucoup, en Écosse pour la Baie des Morts, avec les mythes nordiques, et au Brésil avec le Candomblé et le Vaudou, pour Orisha Song. J’y aborde aussi quelques thèmes qui me tiennent à cœur comme la maltraitance ou le trafic d’enfants. Le prochain opus se passera à Los Angeles.
La Baie des Morts a reçu le troisième prix Librinova/Draftquest en 2014.

DL: Ce sont des lieux que tu connais personnellement ?

AB: Je fais mes recherches minutieuses sur Internet uniquement. Le rêve serait de me plonger dans le cœur du sujet, d’aller sur place enquêter et m’imprégner des couleurs, des ambiances, des odeurs, mais pour l’instant je voyage de chez moi, sur Google Street. Apparemment, c’est pas trop mal réussi car on m’a demandé plusieurs fois à quelle occasion j’avais visité l’Écosse ou le Nordeste du Brésil. La réponse est : jamais.

En parallèle, j’ai écrit aussi des choses plus légères, plus courtes, comme une parodie de thriller, sorte d’exercice de style ou je m’en prends violemment, mais pour rire à Stephen King (la Femme qui tua Stephen King, un livre qu’on adore ou qu’on déteste) ; une parodie de romance chick-lit, où tout est absolument sucré et merveilleux, bourré d’humour (De l’Amour comme s’il en pleuvait) et un petit roman d’amour plus sérieux qui traite du deuil, de la résilience et du pardon… (De l’Amour et des Anges)

J’ai écrit aussi quelques nouvelles, pour participer à divers concours de nouvelles. Trois d’entre elles ont été primées. Je me suis même essayée dernièrement à la Nouvelle érotique avec un concours et je crois savoir que toi aussi ! Ha ha !

DL: 3. Rentrons dans le cœur du sujet, si tu veux bien : l’autoédition. Comment en es-tu arrivée à te publier toi-même ?

AB: Dans les années 2008-2010, j’ai fondé une association pour aider les autoédités à publier. À l’époque on ne s’occupait pas du tout du numérique, c’était très nouveau. Puis j’ai arrêté, à bout d’énergie. Durant cette période, j’ai écrit un livre sans ambition littéraire, mais pour rire et surtout… pour tester l’imprimerie à la demande ! Ce livre a eu et continue à avoir son petit succès. C’est La Femme qui tua Stephen King.

Après l’arrêt de l’association, j’ai eu une autre vie, d’autres hobbies, et naturellement en 2014 quand je suis tombée sur Facebook sur le Mooc Draftquest « Écrire une œuvre de fiction » j’ai replongé dedans. J’ai écrit le premier jet de la Baie des Morts durant ce Mooc. Et depuis, je n’arrête plus d’écrire. 

L’autoédition est quasiment une nature chez moi. J’ai envoyé mon manuscrit de la Baie à quelques éditeurs qui acceptaient les envois numériques (5 exactement), mais j’ai eu des réponses négatives, donc je n’ai pas insisté.

DL:Tu te publies sur quelle(s) plateforme(s) du coup ?

AB: La Baie des Morts est publiée sur Librinova, car j’ai gagné la publication lors du Mooc Drafquest. Librinova est devenue mon agent littéraire pour ce livre-là.  J’ai deux nouvelles publiées sur Short Edition, et par conséquent dans leurs distributeurs d’histoires courtes. Je publie les autres sur mon blog azelbury.org.  Tous mes autres romans sont publiés sous KDP , pour les ebooks et sous CreateSpace pour les brochés, chez Amazon. Je trouve très compliqué pour moi d’aller ailleurs ou de faire sans Amazon, étant donné que je fais 90 % des ventes sur cette plateforme, comme à peu près tous les autoédités que je connais.

DL: 4. Peux-tu nous expliquer comment tu travailles ? Est-ce que tu fais tout toi-même ?
AB: Je fais tout moi-même, effectivement. De la mise-en-page à la couverture. Une précieuse amie et auteure autoéditée m’a énormément aidée pour les fautes d’orthographe (Catherine Choupin pour ne pas la nommer) et d’autres amies du Mooc Draftquest me font un petit retour de lecture avant la parution, au moins pour la série Irma & Adriel. (Alexandra F. et Anne-Cerise Luzy, auteure fantaisie jeunesse, notamment).

DL: Cela fait plusieurs fois que tu mentionnes ce Mooc. Tu peux nous en dire plus sur le fonctionnement ? Tu conseillerais à un autre auteur ?

AB: C’est un MOOC, Massive Open Online Course, une formation en ligne ouverte à tous , qui s’appelle Draftquest, donc, qui a lieu chaque année, à partir de Janvier pour l’année 2017. Cette formation dure 4 mois. Elle est gérée et menée avec brio par l’éditeur de la maison d’Édition «  Aux forges de Vulcains », l’excellentissime David Meulemans, que je ne remercierai jamais assez d’avoir rallumé chez moi le moteur de l’écriture. Je conseille à tous les auteurs, en herbe ou pas, de suivre ce MOOC, plein de bienveillance et de bons conseils. Celui de Janvier sera plein de surprises, il paraît, donc inscrivez-vous tous ! Il y a un site internet avec une plateforme d’écriture dédiée au MOOC ( draftquest.fr )  et un groupe Facebook pour l’entraide entre camarades écrivants. Chaque année, c’est un bonheur que de suivre ce MOOC et pourquoi pas écrire un premier jet de roman.

DL: 5. De source sûre, tu as déjà vendu 9000 livres, dont 700 au format papier. Quand on sait qu’un auteur vend en moyenne 500 exemplaires (et qu’un politicien rarement plus de 30), c’est vraiment impressionnant. Comment expliques-tu ce succès ?

AB: J’ai la chance de ne pas être Christine Boutin, effectivement… Plaisanterie mise à part, je remets les choses à leur juste valeur : 9000 exemplaires pour 5 romans, ce n’est pas grand-chose comparé à certains autoédités qui cartonnent vraiment et qui écoulent parfois jusqu’à 70 000 exemplaires d’un seul roman, voire plus.

Mais, j’ai mon lectorat fidèle, qui grossit d’année en année. Je pense que je ne suis pas destinée à faire un gros, gros succès, je ne serai probablement jamais en tête de gondoles dans les librairies et pour cause, ni sur Amazon, mais mes livres sont aimés pour ce qu’ils sont : des histoires plaisantes qui font voyager avec des personnages attachants (parce que je les aime aussi très fort). J’aime aussi beaucoup mes lecteurs qui deviennent des amis lorsque je les rencontre, virtuellement ou dans la vraie vie… Et ils me le rendent formidablement bien, grâce au bouche-à-oreille.

Le monde des autoédités est difficile, il faut bosser pour vendre ses livres, se faire une place, et la garder. On est vite oublié. Donc c’est aussi un boulot de communication quasi quotidien, notamment sur les réseaux sociaux.

DL: Comment tu t’y prends pour cette promotion, justement ? Qu’est-ce qui marche pour toi, qu’est-ce qui marche moins ?

AB: Ce qui marche, c’est la gentillesse et la sincérité, l’humour et la bienveillance. Si vous n’êtes pas fait pour blablater sur les réseaux, ne vous forcez pas. Si vous êtes bavard ou geek dans l’âme, foncez, participez à des groupes de lecteurs, aux blogs etc. vous allez vous y sentir comme un poisson dans l’eau. Ce qui marche, ce sont les petits concours où vous faites gagner vos livres dédicacés, vos marques-page personnalisés, et vos ebooks par dizaines… Évidemment, tout ça ne vous fera pas vendre des milliers de livres en un claquement de doigts, mais plein de gens vont parler de vous, vous aurez une fan-base importante qui va grossir d’année en année, vous allez simplement vous faire un nom. On dira « ah oui j’ai entendu parlé de cet auteur ! (vous ! ) ou de ce livre ! ». Ces gens-là, cette fan-base, ils vont vous aimer pour ce que vous êtes, vous et vous lire de romans en romans, vous lire dès la sortie du livre, mettre vos premiers commentaires en ligne, participer à faire un bon lancement.  C’est le plus important, pour l’énergie et la motivation, ils vont vous nourrir de ça et vous poussez au cul pour écrire.

Après il y a une dimension qui ne nous appartient pas, ce sont les ventes elle-même sur Amazon notamment. Nous avons pour certains l’occasion d’être choisi lors de promotion, c’est relativement rare, mais ça apporte régulièrement un pic non négligeable dans les ventes.  Et certains (mais pas moi) cartonnent carrément même sans promotion ni publicité, ni réseaux sociaux, sans que personne ne sache vraiment pourquoi (hormis que ce sont souvent de bons romans, mais pas toujours) . Bref, c’est la roulette russe.   Après, je n’explique rien… qu’est-ce qui peut expliquer qu’un livre se vend mieux qu’un autre ? Je ne sais pas… vraiment, c’est inexplicable. Une couverture ? Un titre accrocheur ? La chance ? Si nous avions la recette, hein…

DL: 6. Si tu pouvais remonter dans le temps et donner des conseils au toi qui n’a pas encore commencé la publication : que lui dirais-tu ?

AB: Je me dirais : fonce, écris ce que tu veux écrire comme tu veux écrire. Ne t’occupe pas des critiques, et expérimente. L’autoédition est un formidable outil pour s’amuser, tester, écrire des choses inédites, tenter, et pourquoi pas réussir. Ne fais pas comme les autres, sois originale et sincère, c’est tout ce qui compte. N’aie pas peur, tout va bien se passer ! 

DL: 7. Des projets ? Un dernier petit mot ?
AB: J’ai plein de projets dans la tête, trois romans en chantier : la suite de la Série Irma & Adriel bien sûr, et peut-être une ou deux romances… Je prends mon temps !
Le dernier mot c’est MERCI à tous d’être là, lecteurs, tout ça, c’est quand même grâce à vous qui osez lire des autoédités, donc vraiment : MERCI.

Merci à Azel pour cet entretien des plus intéressants. Pour finir, un double trailer pour La Femme qui Tua Stephen King et La Baie des Morts :