Depuis peu, je publie un roman directement en ligne. On ne s’en
rend pas forcément compte, mais c’est un véritable crash test pour l’écrivain
que je suis car pour la première fois, mes textes sont lus par le grand public.
Plus encore, ils sont commentés en direct par maintenant des dizaines de
lecteurs, en face à face. Je pense qu’il y a une certaine bienveillance de leur
part, mais les avis que je reçois vont de positifs à excellents, aussi bien
quand je suis lu par des collégiennes que par d’autres écrivains.
En parallèle, les retours que j’ai sur mes romans et mes
nouvelles par mes bêta-lecteurs, forcément moins nombreux, sont aussi dans l’ensemble
très bons.
Cela veut dire que je suis un bon auteur. En tout cas c’est
ce que parfois, je me prête à penser. Si le public, averti ou non aime, c’est
en tout cas que je ne suis pas mauvais. Et cela, mon égo il kiffe sa race.
Pardon, ça m’a échappé. Mon ego est heureux. Content. Joyeux. Il danse la rumba :
wouhou, tu es un vrai écrivain Dorian. Yippee Ki-Yay !
Comme le disent les anglo-saxons : merde de taureau.
Bullshit. En toute subjectivité, je vais tout avouer : mon écriture est
décente. C’est tout. C’est déjà pas mal, beaucoup de livres sont écrits par des
gens qui écrivent moins bien ou mal et ce que je fais tiens à peu près la
route. Mais c’est tout. C’est décent.
Pourquoi je dis ça maintenant ? Je viens de commencer
la lecture d’un recueil de nouvelles de Clyve Barker, un auteur anglais (je
crois qu’il est anglais) qui écrit de l’horreur. Dès le premier paragraphe, je
me suis rendu compte de tout le chemin qu’il me restait à parcourir dans ma vie
pour devenir un véritable écrivain et non pas un gentil écrivaillon qui publie
quelque chose de potable sur Wattpad.
Je suis dur avec moi-même et ce n’est pas de la fausse
modestie. Je n’attends que dans les commentaires on me dise : mais si, tu
es super bon.
Merde de taureau.
En me lisant, il ne m’est jamais arrivé, une seule fois, de
m’arrêter en me disant que ce que j’écrivais était trop beau et qu’il
fallait que je m’imprègne des mots. Bon, du peu d’auteurs que j’ai lus (je suis
un maigre lecteur), ça ne m’est arrivé que deux fois : Oscar Wilde et
Clyve Barker.
Wilde était un écorché vif qui mettait tout ce qu’il a dans
sa plume, au 19ème siècle. Difficile de rivaliser. Mais Barker, c’est
un gars normal qui écrit dans les années 80. Je n’ai pas l’excuse : oui, c’est
une autre époque, blablabla. Non, on peut être génial aujourd’hui.
Et je ne le suis pas encore. Peut-être que je ne devrais pas
me comparer, mais c’est un peu comme un cinéaste qui regarde un Kubrick et se
dit que mince, il n’est pas à la hauteur. Ou un illustrateur qui regarde le
dernier art-work de Luis Royo. Dur de rivaliser. Ces gens sont des maîtres
(avec le guillemet, dans la nouvelle orthographe comme dans l’ancienne).
Et ces gens sont des exemples, des preuves que l’on a
toujours une marge titanesque pour progresser. En tant qu’auteur, je pense qu’il
est de mon devoir de ne pas céder à mon égo et de comprendre que ce que j’écris
ne répond pas à mes attentes, ne me transcende pas. Aujourd’hui je ne mérite
pas d’être (re)connu, même si je suis bien content d’être lu.
Et (troisième paragraphe commençant par « Et »,
appelons-ça une figure de style et non une répétition si vous le voulez bien)
il faut que je sois conscient que je n’arriverai probablement jamais au niveau
de mes modèles. C’est dur de se dire ça, un peu décourageant, mais en même
temps ça doit me pousser à ne pas me reposer sur les accomplissements.
Tout le monde peut être édité, mais tout le monde ne peut
pas marquer les âmes.
Humilité 1.
Ego 0.





