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mercredi 21 juin 2017 | By: Morgane Stankiewiez

SGDL et SOFIA : Des aides précieuses pour l'auteur.

Lorsque je me suis lancé dans la quête d’un éditeur, et plus globalement dans le petit monde de la littérature, j’ai eu beaucoup de mal à trouver des informations. Au début, Google était mon ami, mais hélas il ne fonctionne que par mots-clefs, et par algorithme, si bien que l’information qu’il vous donne n’est pas toujours la plus fiable, ni la plus utile. C’est juste la mieux référencée.

Identifier les acteurs de l’édition, les contacts à privilégier, ceux à éviter, comprendre le contrat d’édition, ou encore le statut de l’écrivain et ses droits ne relève pas de la sinécure. Pour moi, tout s’est finalement fait au réseau, à coups d’articles partagés, à fréquenter des forums d’écriture et globalement à communiquer sur Facebook. Bref, à force de grappiller des informations à droite à gauche, j’ai pu comprendre à peu près comment le marché du livre, et de l’imaginaire, fonctionne en France, mais d’une façon bien incomplète, et parfois faussée.

J’ai l’impression que beaucoup d’auteurs se retrouvent dans ce cas-là, et se renseigner sur le métier et les acteurs n’est pas facile. C’est d’ailleurs grâce à cette opacité, cette complexité, que l’on retrouve nombre de charognards qui cherchent à plumer les malheureux qu’ils arriveront à séduire (je suis toujours effaré de voir le nombre de personnes qui ne savent pas ce qu’est un « éditeur » à compte d’auteur).

Voyons donc qui peut vraiment vous informer, que vous découvriez cet univers ou que vous l’arpentiez depuis longtemps.


La Société des Gens De Lettres - SGDL

La SGDL est, pour faire très simple, le syndicat des auteurs. Ils sont là pour informer les auteurs sur leurs droits, les accompagner juridiquement, les former et surtout négocier avec les autres acteurs du livre, comme le syndicat des éditeurs (SNE) ou les législateurs.

Vous pouvez adhérer pour une 50aine d’euros par an, pour profiter de certains services. Je vais tenter de résumer ce qu’ils vous proposent, dans le cadre de l’adhésion, mais aussi gratuitement.

La Formation :

Pendant deux jours, j’ai pu profiter d’une formation proposée à titre gracieux à tout adhérent de la SGDL ou membre de la SOFIA (j’y reviendrai). Cette formation est vitale. Dans le métier d’auteur, l’information n’est pas donnée, je l’ai déjà dit. Il faut aller la chercher. Ainsi, lorsque l’on publie avec un éditeur, c’est souvent sans connaître le métier, les droits, les contrats. Vous avez peu de métiers avec aussi peu de formation. Même pour un job saisonnier, on vous explique comment ça marche dans la société.

Mais l’auteur n’a pas cette chance. Enfin si : il a la SGDL, et ça peut changer beaucoup de choses pour lui. Voici ce que nous avons couvert en deux jours, en sachant qu’une seconde formation complétera tout cela dans quelques mois :

- Le statut social de l’écrivain, comment fonctionne l’AGESSA (sécurité sociale des auteurs), comment se déclarent les droits d’auteur, quelles cotisations sont prélevées sur ces DA, comment fonctionne la retraite, et la retraite complémentaire, ou encore quels sont les possibilités de formation professionnelle.

- Que couvrent les droits d’auteurs ? Comment dénoncer un contrat ? Que faire en cas de faillite d’un éditeur ? Comment ça se passe avec des interlocuteurs dans le poche, ou pour des traductions ?

- Plus pragmatique, comment se passe la relation auteur-éditeur ? Comment ne pas se faire avoir quand l’affectif rentre en compte ? Qu’est-ce qu’un à-valoir ? Quelles clauses refuser (oui, je pense au droit de préférence…) ?

- Et enfin, quelles sont les problématiques des éditeurs ? Comment sélectionnent-ils les manuscrits qu’ils publient ? Qu’est-ce qu’un diffuseur-distributeur (spoiler alert : les chrétiens l’appelaient Satan) ? Comment fonctionnent les libraires ? La promotion ? Qui paye quoi pour un salon ?

Je le résume affreusement, et je n’irai pas beaucoup plus loin dans l’analyse, car les interventions valent la peine que vous les viviez vous-mêmes et rien ne saurait remplacer cela, mais vous pouvez  néanmoins retrouver les détails dans ce guide de l'auteur, qui vous sera donné lors de la formation ou que vous pouvez télécharger gratuitement.


Un guide complet et très utile.
Les intervenants sont ouverts, expliquent très bien et abordent toutes les problématiques de l’auteur. On découvre aussi les embuches, et les arnaques, qui peuvent facilement transformer la publication en cauchemar.

Je tiens vraiment à remercier la SGDL, car cette approche est bienveillante, et nous montre bien qu’il y a du soutien, ce qui, dans ce métier pas facile tous les jours, compte pour beaucoup.

Et les auteurs habitant hors de Paris sont défrayés (voyage et logement). Une personne venait d’Alger par exemple, invitée par la SGDL. Attention, il faut tout de même à son actif au moins un ouvrage publié par un éditeur traditionnel (condition pour être membre de la SGDL ou de la SOFIA). Mais de toute façon, la formation prend tout son intérêt quand on a déjà mis le pied dans l’engrenage.

Bonus, voilà où ça se passe :

Hôtel de Massa à Paris
Hôtel de Massa à Paris

Le Contrat (et l'aide juridique) :

Le contrat d’édition est une terre dangereuse, pleine de mystères et de pièges mortels pour qui s’y risque. Si vous en avez déjà reçu un, vous savez de quoi je parle. Certaines clauses peuvent vous coûter très cher, si vous n’y prenez pas garde.

Mais, sur le site de la SGDL, vous pouvez télécharger un contrat type commenté clause par clause, qui reprend les différents points auxquels vous devez faire attention. Il y a aussi un contrat classique, pour comparer. Pas besoin d’être adhérent.

En cas de doute, vous pouvez également contacter les juristes de la SGDL qui vous aideront à y voir clair, et travailleront avec vous dans votre négociation avec l’éditeur. Comme dans pas mal de contrats d’édition, vous vous engagez jusqu’à la fin de votre vie (+70 ans), autant que celui-ci soit carré.

Les Chiffres :

La SGDL dispose aussi d’un abonnement à l’institut de sondage GFK, qui vous permet d’aller sur place pour consulter les estimations de ventes de vos livres. Pourquoi faire ? L’institut est indépendant de votre maison d’édition, et vous permet donc d’obtenir des chiffres fiables, pour pouvoir comparer sereinement avec ceux qu’avancent votre éditeur (et qui ne dépendent que de sa bonne foi…)

Si vous ne pouvez pas vous rendre sur Paris, vous pouvez mandater quelqu’un, ou appeler la SGDL en direct. Il faut être adhérent cela dit, mais à priori l’abonnement GFK coûte (très) cher.

Les aide sociales :

En cas de problème avec l'AGESSA, ou de difficulté à remplir votre déclaration d'imposition, ou si vous avez des problèmes d'ordre personnel et avez besoin d'aide, vous pouvez également contacter la SGDL. Ils ne feront pas de miracles, mais vous renseigneront sur les actions possibles et vous aideront avec l'administratif, qui peut se montrer très vite compliqué. Il n'est pas nécessaire d'être adhérent.


Le dépôt de manuscrits :

C'est par ce service que beaucoup découvrent la SGDL. Elle propose en effet aux auteurs un dépôt physique ou numérique de leurs manuscrits, qui prémunit l'auteur en cas de contre-façon (plagiat). C'est important lorsque votre texte arrive à maturité et que vous l'envoyez à droite à gauche.

Voilà, je pense que j'oublie plein de détails, mais vous trouverez toutes les informations sur leur site, ou via les formations proposées (que je conseille, une fois encore). 

La SOFIA

La SOFIA, dépendante de la SGDL, est un organisme de gestion collective. En gros, elle collecte des sous pour vous lorsqu’une bibliothèque achète votre livre (ce qu’on appelle le droit de prêt). Elle s’occupe aussi de récupérer les taxes de copie privée (vous savez, elle est prélevée sur les achats de clefs usb, de cd vierges, de disques durs, etc…). En gros, elle est là pour vous donner de l’argent.
Pour adhérer, il faut payer une 30aine d'euros, MAIS, ceux-ci peuvent être anticipés sur l’argent qu’ils vous reverseront. Autrement dit, vous n’avez rien à débourser immédiatement, et ils prélèvent une partie de ce que vous n’auriez pas touché sans eux.

Il faut juste avoir déjà un livre publié à son actif.

C’est par ce biais que j’ai été invité à la formation de la SGDL. La SOFIA propose aussi à ses adhérents des places gratuites pour certains événements, comme Livre Paris.

Si vous êtes auteur, allez voir leur site, vous ne pouvez pas le regretter.

Voilà, pour ce bref retour d’expérience.

Cette formation dont je vous ai bien parlé m’a vraiment beaucoup apporté, et je vous conseille vraiment de faire le nécessaire pour y participer à votre tour. En tout cas sachez que vous n’êtes pas seuls, mais s’il est parfois compliqué de s’en rendre compte, derrière votre écran.

NB : Si vous êtes autoédités, et n’avez pas de livre publié, malheureusement ces possibilités ne sont pas encore pour vous, pour la simple raison que vous n’avez pas le statut d’auteur, mais d’éditeur, et donc que les lois qui vous concernent sont différentes. En effet, tout s’articule ici autour du contrat d’édition et des droits d’auteur, que vous ne touchez pas par ce mode d’édition.
jeudi 10 septembre 2015 | By: Morgane Stankiewiez

Share the Love - des blogs et ressources qui valent le détour.

Depuis que j’ai commencé ce blog, j’ai eu l’occasion de vadrouiller sur le net et de nouer un certain nombre de contacts avec d’autres blogueurs ou sites spécialisés dans l’écriture et la SFFF. On ne s’en doute pas forcément avant de vraiment mettre le pied dans la blogosphère, mais il existe beaucoup de synergies entre les différents auteurs, critiques, éditeurs et associations spécialisées. C’est même tout à fait passionnant et enrichissant et on est au final très loin de l’image désolidarisée et aliénante que véhiculent parfois les médias sur la sphère internet. De beaux contacts donc depuis que je me suis lancé, il y a bientôt six mois. Pour tout vous dire, je n’ai jamais croisé un troll, alors que les encouragements ont été nombreux.

Je saisis donc l’occasion pour partager l'amour, ainsi que des ressources qui ne peuvent que vous être utiles !


Lien vers le GGG3 Cocyclics est un collectif qui propose sur son forum des cycles de bêta-lectures, pourvu que le récit rentre dans le cadre de la SFFF (Science-Fiction – Fantasy – Fantastique). Ils ont plusieurs types de bêta-lectures (que j’appellerai BL à partir de maintenant) : vous pouvez proposer un simple extrait de 15000 caractères maximum, une nouvelle ou carrément votre roman. Dans ce dernier cas, la BL ne sera acceptée qu’après un certain temps et une certaine activité sur le forum, mais en contrepartie vous aurez droit à un accompagnement complet de votre manuscrit ainsi qu’à, à la fin de ce périple, un petit tampon Cocyclics qui valide que votre roman a suivi le cycle de BL du collectif. Ce petit tampon, qui se mérite, pourra vous faciliter les contacts avec des maisons d’éditions.

Le principe est donnant-donnant. Pour recevoir des BL, il faut en donner. C’est simple, justifié et permet à tous d’y trouver son compte. J’ai découvert le site trop tard pour mon premier roman, mais j’essayerai très certainement de faire ce cycle pour un prochain. Une de mes nouvelles est également en BL et cela aide beaucoup.

Le forum regorge également d’avis, de questions et de bonnes idées liées à l’écriture et à la SFFF. Les gens y sont sympas et dynamiques. Des rencontres IRL (dans la vraie vie) sont également organisées de temps à autre.

Enfin, le collectif publie un petit annuaire des maisons d’éditions de la SFFF qui indique pour chacune les modalités, les genres et les délais. Ce guide est vraiment, vraiment (double-vraiment volontaire, je vous assure), très utile. Il est payant, mais vaut le coup (je vous épargne un troisième « vraiment »).






Génération Écriture est une association dont le but avouée est d’aider de jeunes auteurs et de leur donner un cadre pour échanger sur leur passion. J’ai découvert l’association par le biais d’un Codex d’écriture qu’ils ont produits et qui est d’une très grande richesse. J’en parle plus avant dans cet article et ne saurais que vous engager à le bouquiner.

GE publie également un webzine, qui est fort sympathique, bien écrit et dans lequel je compte m’investir un tant soit peu dans le futur. A côté du webzine, il y a un certain nombres de projets comme récemment un concours de scenarii pour des courts-métrages, en partenariat avec des étudiants de ciné. Il fallait y penser.

Un forum existe également et est peuplé de bonnes idées, de discussions liées à l’écriture, de tuyaux et d’informations liées au monde littéraire. Les membres sont très sympathiques et dynamiques. L’ambiance est bonne enfant.

Moi qui ne suis habituellement pas adepte du milieu associatif, je suis là convaincu.




http://escroc-griffe.com/
Voici le blog de Jean-Sébastien Guillermou, dont j’ai chroniqué le premier ouvrage ici. Son blog ne se concentre pas uniquement sur ses écrits mais propose des thèmes un peu similaires aux miens, à savoir l’écriture, la SFFF, les séries etc. Sa plume est agréable et ses avis sont toujours nuancés et intéressants.

Jean-Sébastien a également été de très bon conseil envers moi et c’est lui qui par exemple m’a parlé de Cocyclics. C’est aussi à cause de lui que vous ne pouvez plus lire la Chute de Canniba en entier, car s’agissant d’un texte qui pourrait se faire éditer (je balance !).

Je ne saurais que conseiller d’ajouter son blog à vos favoris, vous ne le regretterez pas.



Un blog d’une jeune auteure qui maîtrise mille fois mieux que moi la blogosphère et le digital. Son blog a deux aspects, tout d’abord un côté conseils d’écriture et un autre aspect plus orienté technique et j’irais jusqu’à dire web-marketing.

C’est le blog que je suis depuis le plus longtemps, ayant même eu la chance de me faire interviewer à mes tout débuts. Souvent intéressant, toujours bien écrit, son blog fait très pro.



Auteure d’une série steampunk que je n’ai hélas pas encore pris le temps de lire, Catherine propose régulièrement des articles plein de ressources sur ce qu’elle a pu trouver sur le web en lien avec l’écriture, le steampunk ou des infos culturelles. Sans compter bien sûr ses articles personnels, qui sont peut-être un peu moins fréquents ces temps-ci mais qui restent au demeurant passionnants.

Elle propose aussi des critiques de livres, toujours dans le genre de la SFFF et partage des articles en français et en anglais qui sont toujours bien choisis. Elle a ce don de dénicher des billets qu’autrement je n’aurais jamais lu.



Voilà, vous avez de quoi faire !
Si vous pensez avoir été injustement oublié ou que vous avez également des ressources à partager, en français comme en anglais, les commentaires sont à votre entière disposition.
jeudi 20 août 2015 | By: Morgane Stankiewiez

Un peu de romance...

Le genre de la romance n’est pas ce qui m’attire le plus, que ce soit en tant que lecteur ou qu’auteur. La seule romance que j’ai écrite était pour le court-métrage dont je vous avais parlé ici et il s’agit d’un récit horrifique et malsain, où l’eau de rose n’a pas vraiment sa place.

Ceci dit, même si un livre ne tourne pas autour d’une histoire d’amour, les relations amoureuses ont une place importantes dans la littérature et plus généralement dans les arts. C’est là un aspect universel et fondamental de l’humain et l’ignorer serait dommage. C’est d’ailleurs plutôt de ce dont je vais parler ici, de la romance présente dans un récit, principalement SFFF, et non de la romance en tant que genre littéraire.

Rendre une romance intéressante est difficile. Combien d’entre-elles tombent à plat et desservent l’intrigue au lieu de la servir ? Il m’est souvent arrivé dans des romans de m’ennuyer lorsque le héros et l’héroïne s’amourachaient comme des adolescents en pleine puberté, en trouvant juste le temps long.

Je ne suis pas du tout expert, mais voici quelques idées pour ne pas rater une romance.

1 A mort les clichés

Il est beau, fort, intelligent, gentil mais viril à la fois. C’est un bad boy, mais avec un cœur. Elle est belle, un peu rebelle mais pas trop, indépendante mais soumise à la fois. A la première ligne on sait qu’ils vont finir ensemble, parce qu’il y a des éclairs lors de leur rencontre. Ils vont sûrement pas être copains au début et se dire quelques vacheries, mais au fond de leur petit cœur c’est la passion avec un grand P.
 Oui, j'ai honte de me moquer de James.
Il est peut-être stéréotypé, mais comme il fait partie d'une
série extra-ordinaire (Twin Peaks), on lui pardonne!

Pour ma part, jamais je ne m’attacherai à des personnages qui se résument à cela et leur romance me laissera indifférent au plus haut point. Cela ne veut pas forcément dire que les personnages en eux-mêmes sont inintéressants, loin de là. Ils peuvent être riches et fouillés par ailleurs et avoir de grandes aventures, mais la relation risque d’être ennuyeuse.

Exemple concret, dans Geist de Philippa Ballantine (spoiler alert) : l’héroïne a du tempérament, est dure et intéressante. Mais quand elle rencontre le héros, qui est moins intéressant qu’elle, leur relation tombe dans le classico-cliché. La romance est plate et je n’ai pas compris ce qu’ils faisaient ensemble, même si je l’avais vu venir à des lieues. Cela faisait remplissage de cahier des charges. C’est dommage, c’est en grande partie ce qui m’a détourné du bouquin qui autrement était pas mal.

Cas inverse : dans la saga du sorceleur, le héros, Géralt, a une relation des plus compliquées avec Yennefer. Ils s’aiment, mais passent leur temps à s’écharper, à se remettre ensemble, puis de nouveau se déchirer. Leurs objectifs sont parfois alignés, parfois contradictoires, si bien qu’au début d’une nouvelle on ne sait pas si ça va bien ou mal se passer entre eux. Le fait de ne pas savoir, d’être surpris est important. Savoir comment ça va se passer avant que ça commence, ce n’est pas très palpitant et c’est même plutôt inutile.

A retenir : le héros et l’héroïne n’ont pas besoin de finir ensemble…

2 Les histoires d’amour finissent mal


Autre cliché éculé : le garçon et la fille font partie de familles/clans/races ennemi(e)s mais, malgré tout, l’amour est plus fort que tout. Bref, on se retrouve devant le schéma de Roméo et Juliette, encore et toujours. SAUF QUE, Roméo et Juliette, c’est une tragédie. Spoiler Alert : les amoureux meurent à la fin, par double suicide. Le message de Shakespeare n’est pas que l’amour triomphe, mais que le poids des traditions écrase les individus. Ce cliché des familles ennemies est donc souvent utilisé de travers et il était bien plus efficace quand la fin était tragique.

En règle général, je pense qu’une histoire d’amour heureuse est moins intéressante qu’une histoire d’amour malheureuse. Si les héros et héroïnes triomphent de tout et finissent ensemble et heureux, cela peut certes apporter une satisfaction à la fin du bouquin si la romance est impeccable, mais surtout le lecteur s’y attendra depuis le début (on y revient). Une relation qui se passe mal, avec des hauts et des bas et qui finit dans la déchirure et le pathos, c’est autrement plus fort.

Lorsque le lecteur sait ce que le personnage devrait faire pour être heureux, lui souffle plus ou moins fort à chaque passage et voit la tragédie se dérouler sous ses yeux, il est investi. Certes, certains lecteurs veulent que les choses finissent bien et la tragédie ou, à défaut, une relation qui finit mal ne leur plaira peut-être pas, mais ça reste à mon avis le plus riche.

Combien de romances heureuses ont marqué l’histoire ? Hélène et Pâris ? Orphée et Eurydice ? Marc-Antoine et Cléopâtre ? Arthur et Guenièvre ? Roméo et Juliette ? Scarlett O’Hara et Rhett Butler ? Bonnie et Clyde ? Néo et Trinity ? Buffy et Spike ?

3 Se reconnaître dans le personnage

Pour être investi dans une romance, il faut que le lecteur puisse se mettre à la place du protagoniste. C’est ce qui fait que personnellement je n’irais pas lire 50 shades, car j’aurais bien du mal à me mettre dans la peau d’une jeune femme frustrée dont le phantasme est de se faire tabasser par un riche psychopathe.

En fait, je me rends compte que les romances dans les jeux vidéo me parlent davantage, surtout quand c’est moi qui crée le personnage ou que celui-ci m’est sympathique. Forcément, comme j’ai fait les choix qui m’ont mené là (au niveau de l’histoire et de la romance), je me sens concerné et impliqué. Je pense que c’est aussi là que l’on se rend compte que la romance n’est pas seulement pour un public féminin. Les forums de jeux-vidéo regorgent de débats sur les romances possibles et visiblement c’est quelque chose qui a beaucoup de succès. On n'imagine plus un Mass Effect sans ses partenaires potentiels. A mon avis, le public masculin peut apprécier autant une romance que le public féminin, pourvu que celle-ci ne définisse pas à elle seule le livre.


C’est forcément plus compliqué de faire ça dans un bouquin, car les lecteurs sont multiples, avec des goûts et des orientations différentes. C’est pour cela que les personnages doivent être travaillés et intéressants. Et ils doivent être compliqués tout en restant crédibles… Les personnages doivent aussi exister au-delà de la relation amoureuse et ne pas être définie par elle, si bien que la plus mauvaise façon que je puisse imaginer pour créer un personnage soit de commencer par : « il/elle sera le love interest du héros/de l’héroïne ». Si le lecteur aime le protagoniste, il s’intéressera à ses histoires de cœur et éprouvera de l’empathie. Pour peu qu’il trouve le/la partenaire aussi intéressante, alors il s’investira pleinement dans leur relation.

Parfois, aussi, la passion s’éteint, pas forcément au même rythme pour les deux et c’est douloureux. Combien de fois voit-on ça, surtout dans les romans fantasy, ou en général les amours sont autant héroïques que les protagonistes, éternels et inébranlables ?

En conclusion, je dirais que pour faire une bonne romance, il faut de bons personnages. C’est aussi simple que ça. Si les personnages sont riches, crédibles, intéressants et parfois surprenants, alors une romance pourra plaire au plus grand nombre, y compris ceux qui ne se tourneraient pas forcément vers ce type de livres. Ne me reste plus qu’à en glisser un peu plus dans mon prochain roman !
jeudi 9 juillet 2015 | By: Morgane Stankiewiez

Ecrire un roman en 10 étapes

Chaque auteur fonctionne différemment pour écrire un roman. Beaucoup commencent par la fin, certains font des plans détaillés, d’autres non. Le premier jet est parfois écrit au kilomètre, parfois déjà travaillé.

Pour ma part, voici les grandes étapes de création de l’intrigue et de rédaction :

0 Réflexion

Qu’est-ce que je veux faire ? Quel thème ? Des idées brutes ?

Cette phase peut prendre 1 heure comme 1 mois, c’est très variable.

1 Les personnages

En premier lieu, il me fait choisir les personnages que j’utiliserai pour mon roman. Sans cela, j’aurai du mal à avancer et je serai incapable de créer ne serait-ce qu’une idée basique de ce que je veux faire. Par « personnages » j’entends aussi bien mes protagonistes que mes antagonistes, qui sont tout autant important.

Cela ne veut pas dire que je crée tous mes personnages à cet instant ou qu’ils sont complets. Mais il m’en faut tout de même quelques-uns, les principaux. Pour Isulka la Mageresse, j’avais bien entendu Isulka et Scipione, les deux protagonistes, mais également leur employeur et le garde du corps de celui-ci. Enfin, les ennemis de Scipione étaient clairs dès le début.

Les égyptiens étaient déjà là aussi, mais ils ont pris leur personnalité au fil de l’écriture. Au début je n’avais qu’une vague entité ennemie qui a pris forme avec le temps, ce qui a fonctionné plutôt bien au final. Leur rôle, cependant, existait depuis le début.

Enfin, je ne fais pas de fiches de personnages. Peut-être que je devrais, mais vu que mes personnages principaux proviennent en général de jeu de rôle et que donc je les connais intimement, je n’en ai pas besoin. Au pire, si un jour je devais faire une fiche, ce serait d’un jeu de rôle, justement.

2 Les lieux

Un peu en parallèle des personnages, je détermine où se jouera l’intrigue. Le où me permet de vraiment la situer et me donne une situation, une ambiance, une atmosphère et des événements.

J’inclus l’époque dans ce choix du lieu, pour des questions de praticité. Paris au XXIe siècle et Paris au XVe n’auront que peu à voir, c’est évident.

Ce où n’a pas besoin d’être exhaustif pour autant, juste suffisant. Je n’avais par exemple pas prévu dès le début que l’Egypte entrerait dans mon roman, mais elle est venue naturellement. Le côté parisien, par contre, était clair et net et m’a beaucoup aidé à créer l’intrigue.

  3 Le découpage en actes

En littérature, il est souvent question de 3 Actes : la mise en situation, les péripéties et le climax. Structurer l’histoire en 3 blocs dès le début m’aide pour une question de rythme. J’écris donc sur mon Word ces actes et je brouillonne à l’intérieur, jusqu’à avoir un squelette.

Cela me permet de me poser des questions sur la cohérence du récit. Dès que je comprends l’histoire avec mes trois actes, même grossièrement, je sais que je suis sur la bonne voie et je peux continuer.

Avant, dans le temps, j’essayais toujours d’écrire sans savoir où j’allais, pour me surprendre moi-même. Si cela fonctionne avec certains, pour moi c’est peine perdu. Il me faut ma structure à l’avance. Mais ce n’est pas pour cela qu’elle est figée et définitive : je reste flexible et l’écriture pourra me la faire changer ultérieurement

4 Le Synopsis détaillé

J’essaye de faire un résumé chapitre par chapitre. Comme, pour le moment, j’utilise deux points de vue, cela est primordial pour répartir les interactions et le « temps de parole » de mes protagonistes.

Je détermine également le rythme, en alternant les types de scènes à ce moment et en veillant à ce que le ventre du livre (l’acte 2 donc) ne soit pas celui qui ennuie, comme ça peut être le cas parfois. J’affine également mon intrigue et vois les incohérences. C’est à ce moment que je pourrai modifier le rôle d’un personnage, par exemple.

Je m’applique particulièrement pour la première moitié de l’intrigue, car je sais que la seconde risque de changer un peu, même si je me force à y mettre les grandes lignes.

5 L’Écriture

C’est seulement à ce moment que commence l’écriture proprement dite. Les étapes ci-dessus peuvent prendre peu de temps ou au contraire beaucoup, selon l’inspiration, mais je n’écrirai pas une ligne avant que ce processus soit terminé.

Pour mon premier jet, je n’écris pas au kilomètre. Je fais chaque chapitre avec soin, le relisant quand c’est fini une ou plusieurs fois et je fais attention à la forme. Je suis incapable de simplement avancer sans me retourner, non seulement car ce serait démoralisant de devoir tout reprendre par la suite et aussi parce que j’aime relire quelque chose de propre, même si c’est encore loin d’être fini.

Cette façon de faire est peu conseillée et la plupart des auteurs procèdent autrement, donc peut-être ai-je tort et ne devrais-je pas m’y prendre de la sorte.

6 Mise à jour du synopsis

Le plan que j’avais prévu aux étapes 4 et 5 est à présent faux. Les personnages n’ont pas réagi comme je l’avais initialement pensé, certains ont trahi au lieu de rester alliés ou ennemis, certains ont faibli et au contraire certaines relation se sont faîtes plus fortes que prévu.

De fait, mes actes et mes chapitres doivent changer pour s’en accommoder et c’est en général là que la fin du récit se détermine pour moi. Oui, à l’inverse encore d’autres auteurs, je n’écris pas la fin à l’avance. J’ai certains éléments qui restent définis, bien sûr, mais elle se dessine et prend forme avec le temps.

C’est un moment délicat car je dois veiller à ce que tout reste cohérent. Comme mes intrigues sont simples, ce n’est pas très difficile, mais mieux vaut y prendre garde car la plus petite incohérence sera relevée par le lecteur ou l’éditeur.

7 Relecture et correction

Moment de torture.

Tout relire, au moins deux fois et corriger l’orthographe, la syntaxe et la forme. A ce moment, je suis heureux d’avoir déjà corrigé une ou deux fois chaque chapitre lors de l’écriture initiale


8 Bêta-lecture

Je demande à quelqu’un, que je connais mais qui ne m’épargnera pas par affection, de tout lire et de surligner mon texte avec un code couleur.

Exemples :
-          Rouge faute de français

-          Orange incompréhension

-          Jaune style ou maladresse

-          Vert quand c’est un passage qui plait


Du coup, je repasse ensuite sur tous les points et je corrige les passages surlignés, en me rapprochant de la personne qui a bien voulu m’aider pour avoir les détails.

Un site super pour trouver des bêta-lecteurs, si vous écrivez dans un genre de l'imaginaire: CoCyclics

9 Correction

Re-moment de torture.

J’ai déjà tout corrigé, vu dans le détail avec mon ou mes bêta-lecteurs et je reprends la correction une dernière fois, du début à la fin, en veillant aussi bien au sens qu’à la forme.

Je n’imagine pas le travail pour ceux qui font des trilogies complexes où les incohérences peuvent se glisser avec aisance dans chaque petit bout de coin de page. Je comprends pourquoi un George Martin ne sort ses bouquins qu’à un rythme cruellement lent.

10 Mise en page

Et bien oui, comme je n’avais pas compris la différence entre un tiret du 6 et un tiret cadratin et que les sauts de page ne me parlaient pas plus que cela, il a fallu tout reprendre et mettre en page. Un autre grand moment de plaisir.

On ne se rend pas compte du nombre de tirets avant de devoir les remplacer un par un…

Après ce moment, j’écris le mot « fin ».

Mon texte pourrait encore être corrigé, sûrement une quinzaine de fois. Mais je me force à mettre un terme à l’écriture et à me dire que le travail est fini. Sans ça, je pourrai continuer Ad Vitam Aeternam sans jamais être pleinement satisfait du résultat. Autant garder mon énergie pour la suite et faire un second roman encore meilleur.


Dorian Lake