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jeudi 3 septembre 2015 | By: Morgane Stankiewiez

True Detective: Le Renouveau du Film Noir

Pas de Spoiler.

Un réalisateur, que je trouvais génial au début des années 2000 mais qui a perdu la flamme depuis, a récemment dit que True Detective était une série ennuyeuse, pour rester poli. Il n’y voyait pas l’intérêt (sûrement pas assez de boom-boom). Alors oui, le tout premier épisode est un peu lent, mais cette série est une réussite absolue qui renouvelle avec brio un genre né dans les années 40 et que j’aime beaucoup, j’ai nommé le film noir (ou néo-noir, qui est le terme aujourd’hui utilisé).

Je vais parler dans cet article principalement de la saison 2 qui est peut-être plus accessible que la saison 1 et également plus rythmée, mais ne zappez pas la première pour autant. Oui je précise, les deux saisons sont totalement indépendantes et n’ont aucun lien, si ce n’est le genre.



Dans une Californie polluée et brûlante, un homme d’affaires est retrouvé mort sur une aire d’autoroute. Ce crime permet de dévoiler peu à peu toute la noirceur d’une Amérique ultra capitaliste dirigée par des politiciens corrompus, des hommes d’affaires dégueulant le fric et des mafieux trafiquant sans aucun égard pour l’humain. Je n’irai pas dans le détail pour vous garder la surprise, mais la série nous plonge dans les travers de l’humanité avec cynisme et fatalisme, dépeignant un monde sale et crû où l’espoir est foulé du pied par le sacro-saint dollar. L’être humain est une marchandise, qui peut être sacrifiée et dont la valeur est inscrite sur un livre de comptes.

Les héros de la série sont des minables, corrompus et autodestructeurs que l’on jette dans cette enquête sans illusion sur leurs compétences. L’un d’entre eux nous dit à un moment donné qu’il n’est pas Columbo. Le ton est donné.

C’est par le biais de ces personnages, rendus incroyablement humains et fragiles par leurs multiples défauts, que la série nous entraine dans leur enfer. Beaucoup de discussions intimistes et défaitistes nous font rentrer dans leur intimité, leur quotidien et expose aux yeux du téléspectateur leurs doutes et leurs faiblesses. Ils sont crédibles, l’interprétation excellente n’y étant pas pour rien.



Le scenario est plutôt tordu et il faut s’accrocher jusqu’aux derniers épisodes pour vraiment comprendre ce qui s’est passé. L’enquête se tient, mais l’important n’est peut-être pas ce qui s’est réellement passé mais tous les intérêts qui en découlent et que la série nous fait explorer. En cela, nous ne sommes pas vraiment dans le genre policier où un crime doit être résolu mais véritablement dans le film noir : c’est la corruption, les manipulations et les intérêts croisés qui sont importants. Le meurtre n’est qu’un prétexte, un grain de sable qui est là pour foutre en l’air un engrenage parfait. Vu certaines critiques que j’ai pu lire sur cette saison, c’est probablement ce qui a déstabilisé les habitués du polar.

J’aimerais également parler de la musique, qui est de toute beauté, jazzy et désespérée. Le générique est très réussi, mais je retiendrai surtout la musique de Lera Lynn, qui joue d’ailleurs en live dans la série. Ses créations sont mélancoliques et enivrantes et collent à merveille à la nuit californienne. Une de ses chansons ci-dessous.


Pour résumer, si vous aimez vous plongez dans des univers noires et glauques en compagnie de protagonistes désespérés et maudits, si observer la bassesse et la décadence de l’humanité ne vous révulse pas et que la violence ne vous gêne pas, cette série est pour vous. Cette saison revêt des allures de catharsis, un concentré de désespoir et de noirceur, que je ne saurais que conseiller aux amateurs du genre et vivement déconseiller à ceux qui sont réfractaires.
jeudi 18 juin 2015 | By: Morgane Stankiewiez

Sense8 - Une série fantastique dans tous les sens du terme!

Aujourd’hui j’aimerais vous parler sans spoilers d’une série récente que j’ai beaucoup aimé et de ce qu’elle fait de bien. Nous ne sommes donc pas exactement dans le domaine littéraire habituel du blog, mais je pense qu’il y a de la matière à améliorer ses écrits également.




La série en question s’appelle Sense8 et son pitch est assez simple : huit personnes à travers le monde accèdent en même temps à une connexion psychique qui les relie désormais (on les appelle « sensates » en anglais, d’où le nom de la série). Ils deviennent ainsi capable de ressentir, de communiquer et de partager avec les autres malgré la distance et des vies très différentes. Bien sûr, une maléfique corporation les recherche…

Le pitch ci-dessus n’avait pas vraiment attiré mon attention et j’ai regardé cette série uniquement parce que j’aime beaucoup les frères et sœurs Wachowski, qui sont les créateurs, en espérant les pardonner pour Jupiter Ascending qui m’avait énormément déçu. Autant dire qu’ils l’ont, mon pardon.

Ce que fait la série de bien ? Le point primordial qui est excellent est le plus important : les personnages. Ils sont très variés : nous avons entre autres un flic de Chicago, une DJ islandaise à Londres, un jeune chauffeur de bus Kenyan fan de Van Damme, une directrice de grande entreprise coréenne, une doctorante indienne sur le point de se marier ou encore une bloggeuse de San Francisco transsexuelle politiquement engagée.

Ces personnages sont tous en trois dimensions, avec chacun des forces, des peines et des démons qui leurs sont propres. Par exemple, c’est la première fois dans une série que je vois un personnage transsexuel qui n’est pas uniquement défini par cet aspect de sa vie, qui est même secondaire. De même, le gay de la série n’a pas le rôle de gay de la série, tout comme le black n’est pas là pour des questions de quotas ethniques. Je préfère ne pas trop en dire pour ne pas gâcher le plaisir, mais les clichés sont évités.


Maintenant, c’est bien beau d’avoir huit personnages au bout du monde, mais comment faire fonctionner cela ? Par moment, lorsque l’un des personnages est en difficulté, un des autres pourra l’aider et prendre quelques instants sa place. L’entraide que s’apportent les personnages donnent une dynamique de chaque instant et les voir se sortir de situations inextricables de la sorte est très réussi et riche. S’ils s’aident de cette manière, la plus grande partie est davantage au niveau émotionnel, par des dialogues et des partages.

La mise en scène quant à elle me rappelle Cloud Atlas : les scènes s’enchainent avec dynamisme et le lien quasi mystique entre les personnages permet des transitions qui ont l’air facile à l’écran. Sans compter que les réalisateurs se lâchent parfois et proposent des scènes que je n’avais encore jamais vu à l’écran, qu’il soit grand ou petit. On sent que cette série est écrite avec le cœur et avec l’âme et que ses thématiques ne sont jamais survolées, sont intelligentes et parfois philosophiques.

L’histoire et le scenario m’ont paru simples et presque habituels, mais le traitement et le travail de fond sur les protagonistes font toute la différence. Au final, c’est l’écriture qui rend cette série géniale, même si je ne suis pas sûr qu’elle plaira à tout le monde…
Où la regarder? Sur Netflix, qui est d'ailleurs gratuit pendant un mois, c'est l'occasion...

Dorian Lake



Copyrights: Toutes les images viennent du Site de Netflix.